La Maison muette (Métailié, 2003) et Les Empreintes du diable (Métailié, 2008) de John BURNSIDE.

John BURNSIDE, poète écossais maintes fois primé à ce titre est né en 1955 à Fife. Il est aussi l’auteur d’un recueil de nouvelles (non traduit) et de plusieurs romans : les deux présentés ici, mais aussi Une vie nulle part (2003) et Mensonge sur mon père qui vient de paraître en ce début 2009.

C’est un auteur âpre, mais pourtant attrayant une fois dépassée la difficulté de se familiariser avec une composition des romans en chapitres compacts et denses, mais aussi et surtout avec la teneur dérangeante de ses récits marqués par de la violence à l’état brut. Cette violence est résurgence des traumatismes du passé qui sont autant de traces indélébiles poursuivant, voire persécutant, le narrateur de la fiction romanesque conduite de main de maître. Sachez, lecteur, que ces romans vous « agresseront » probablement, vous bousculeront certes mais hors de toute gratuité. Il s’agit réellement de romans noirs ; c’est l’œuvre d’un grand auteur.

« Virée inquiétante dans une Écosse embrumée », note tel critique ; « une prose forte et hallucinante comme un rêve, interrompue par des actes violents et la révélation de mystères », retient tel autre critique. Le narrateur de ces romans empoigne avec brutalité les conséquences des traumatismes du passé, révélés d’emblée ou peu à peu, pris au piège de croyances pouvant conduire à des actes de folie ou à la pulsion de conduire des « expérimentations » d’allure « scientifique » aux conséquences insoutenables et sans doute vouées à l’échec.
Cette tonalité glaçante et troublante qui domine ces romans de John BURNSIDE me fait penser à l’expression de Leonardo PADURA incluse dans le titre de son dernier roman traduit : « Les brumes du passé ».

la_maison_muetteLa Maison muette (2003) est récit à la première personne d’une « expérimentation » sur deux jeunes enfants jumeaux élevés hors de tout contact avec une parole humaine, suite à des circonstances particulières concernant leur mère. Reprenant des faits anciens historiques sur les rapports entre construction du langage humain et nécessité ou non de contact avec la parole d’autres humains, le narrateur –totalement amoral dans sa démarche « démente »- est motivé sans limites par une quête de savoir à valeur scientifique sur le problème suivant : l’homme peut-il accéder au langage si, tout enfant, il est coupé totalement de tout contact avec du langage d’autres humains ? Où se situe donc le siège de l’âme, ce don unique qui nous différencie des animaux ?

Imposé implacablement et sans répit, le détour par le monstre-narrateurmonstre-narrateur de ce roman peut-il nous aider à savoir ce qu’est l’essence de l’être humain ? Tel est l’enjeu d’une telle entreprise romanesque pour le lecteur qui, de fait, ne se perçoit pas que malmené par l’auteur. Ces questions disons philosophiques sont traitées dans une fiction prenante, fascinante, source d’épouvante et parfois de répulsion. Mais, par le trouble provoqué, cette fiction amène le lecteur à des questions de fond sur l’homme actuel et sa part maudite.

« Un grand livre, un roman brillant »…grâce à une qualité d’écriture exceptionnelle.

les_empreintes_du_diableLes Empreintes du diable (2008) commence par un récit de suicide, celui de Moira jeune mère de famille qui entraîne deux de ses trois enfant dans la mort avec elle pensant que son mari est le diable. Son aînée, Hazel, adolescente de quatorze ans, est laissée saine et sauve, abandonnée dans cette partie isolée et sauvage de cette région d’Écosse où l’on a cru au passage récent du diable : des empreintes de pieds fourchus ont été relevées dans la première neige d’automne.
Cet acte insensé, lu dans la presse par Michaël (le narrateur) va totalement changer sa vie. Moira avait été sa petite amie un certain temps de sa jeunesse. Il se préoccupe de ce qu’est devenue Hazel : séduit et fasciné par cette jeune adolescente qui pourrait être sa fille, il va se laisser entraîner dans un voyage au bout duquel il va devoir se confronter à ce qu’il est et aux démons de son passé (dont un acte dramatique qu’il a posé enfant, tenu enfoui jusque là).

Ce roman se présente en longs chapitres de phrases denses - mais d’une écriture de fort bonne qualité littéraire – qui exigent certes un certain effort au départ de la lecture car le récit mêle souvenirs d’enfance et réflexions actuelles parfois d’une manière mal repérable. Mais l’auteur a l’habileté de nous tenir en haleine par le renouvellement incessant des mystères qui tissent le récit romanesque en nous laissant douter (à tort ?) qu’il va parvenir à un aboutissement.

Michel M.

Crédit photo : éditions métailié