marqueorage« La porte est en dedans », la devise de l’église de Tréhorenteuc (une invitation à une quête du Graal en soi-même) pourrait s’appliquer à l’héroïne du livre, Marwen. Elle a toujours été une enfant à part du fait de sa maladie et de la présence du Manac’h qui ne la quitte pas, un peu comme le daemon de l’héroïne des Royaumes du Nord : « Il était sans substance comme un brume ou un fantôme. Elle ne le percevait que vaguement comme une nappe un peu floue à la lumière du soleil ou comme une lueur plus ou moins trouble dans l’ombre de la nuit. Elle ne pouvait ni compter sur lui, ni lui en vouloir de ne pas l’aider. Il n’était ni une personne, ni un animal, ni une chose. Et pourtant il existait. ».

Sa vie va prendre un tournant décisif quand elle s’installe avec sa famille sur l’Ile Verte, au large de la Bretagne. On sait bien, depuis Robinson Crusoé (et plus encore depuis Vendredi ou les limbes du Pacifique) qu’une île est femme, bien au-delà de son genre grammatical, et une incarnation de la Terre-Mère. Ici sa prêtresse est Maïa considérée comme une sorcière et qui va révéler à l’adolescente la singularité de son destin : « Mais je dois te confirmer que d’après les signes tu es l’Elue. Y a rien que tu puisses y faire, ni moi non plus. » ; « Elle m’a dit que dans mon corps de fillette, il y avait une très vieille âme. Que cette âme était sage et saurait que faire quand le moment serait venu. Elle m’a dit que son travail était de préparer la fillette que je suis à devenir assez forte et instruite pour être à la hauteur de mon âme. ».

L’auteur sait ménager le mystère.  Le lecteur devine que le conte des deux princes, nouveaux Abel et Caïn, est un indice pour la suite de l’histoire. Le début est classique : l’aîné assassine son frère dont le roi veut faire son successeur et se trouve pétrifié par les fées, en guise de châtiment. La suite l’est moins : les fées n’ont pas réussi à éteindre la haine qui le consume et renaîtra en même que lui, si quelqu’un arrive à le ressusciter. Le bon prince, devenu un être de l’Ailleurs, demande à être aussi transformé en menhir pour pouvoir, au réveil de son frère, l’empêcher de nuire. De même, l’héroïne devra combattre les différentes formes du Mal, réelles ou fantasmagoriques : les Nazis qui arrivent en Bretagne à la fin et la Bête aussi cruelle que celle du Gévaudan : « Blessée, épuisée et sans espoir de la vaincre, j’allais lui asséner un dernier coup avant de mourir quand mon rouleau se changea en éclair et la foudroya sur place. Je vis sa forme se congeler un instant dans l’air avant de disparaître : un dragon géant, aux vastes ailes, monstrueux et noir comme le sang. Là où il s’était tenu, trois colonnes de fumée grise restèrent suspendues un instant dans l’atmosphère. ».

Si le film La guerre des étoiles a été qualifié de « Space Opera », on peut appliquer le terme de « Fantastic Opera » à ce roman qui décline des thèmes semblables à des motifs musicaux, jusqu’à ce qu’ils en deviennent obsessionnels comme l’étoile : « …une étoile à six branches. Le signe, je crois, d’une chevalerie très ancienne, comme les Templiers. ». Telle le héros de Chateaubriand (qui cherche à donner un sens à sa vie) : « Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! », Marwen est fascinée par le déchaînement des éléments (annonciateurs de celui des forces maléfiques ?) :  « Elle adorait l’intensité et la beauté des orages. Elle ne les craignait pas. Au contraire, du confort de son lit douillet, elle les savourait comme un poison délicieux, potentiellement mortel mais innocent à petites doses. ».

Ne reste plus au lecteur qu’à suivre Marwen dans sa quête qui se précisera dans Le Vertige du Rhombus et révélera sa signification dans La Voix de l’Egregore. De même que le cerf blanc -un des personnages du roman- vous révèle un autre monde (Je vous renvoie aussi à la mosaïque Odorico de la chapelle du Graal), le lecteur est invité à « explorer les profondeurs du cœur de l’homme, ses ténèbres, mais aussi et surtout sa lumière, l’espoir indéracinable qui le transcende et le porte au-delà des propres limites », comme l’explique si bien l’auteur.

 Sylvie L.

 Les maîtres de l'orage. 1, La marque de l'orage, Véronique David-Martin, P. Galodé éditeurs, 2012. 357 p.