contes

Existe-t-il de meilleure façon de clore l’année du Japon que la lecture des « Contes d’une grand-mère japonaise » ? Une fois de plus, Yveline Féray a su renouveler le genre en sélectionnant des contes peu connus, d’où le plaisir de la découverte pour le lecteur, mettant ses pas dans ceux de l’auteur : « Tel un sourcier muni de sa baguette de coudrier ou un orpailleur secouant son tamis au-dessus du torrent, la « grand-mère japonaise » entreprit donc sa recherche dans l’espoir d’entendre le chant de l’eau ou de voir briller une pépite. »

Comme le recommande l’écrivain « convaincue qu’il n’est de meilleur moyen d’appréhender la culture d’un peuple que de s’abreuver à la source de sa mythologie », revenons à l’origine du monde avec Izanagi (Celui qu’on invite) et Izanami (Celle qui invite). Suivons-les sur le « vertigineux Pont Flottant du Ciel » pour assister à la naissance de l’univers. Si vous finissez par vous sentir perdus dans cette immensité, retrouvez l’intimité d’une Cendrillon japonaise qui cherche à retrouver son rang dans la société de l’époque de Heian.

On retrouve, tout au long du recueil, des sentiments universels comme l’amour entre une mère et sa fille (Le miroir) ou la peur (Le palais de la Grève et son fantôme).On rit des déboires d’un vieillard libidineux (le bambou murmurant) et on frémit face à la femme qui ne mange rien (Le spectre à la lanterne bleue)

Laissez-vous charmer par la musicalité d’un style recréant par exemple la magie de la page blanche : « Interminablement, en épais flocons, le ciel s’émiettait, effaçait en silence tout relief, toute couleur, toute présence, sur terre. Blanc et glacé était le pays de Sano, ses collines, ses champs, ses forêts, ses rivières. »

Il est temps de laisser le lecteur insuffler la vie au livre grâce à son imagination. Peut-être lui aussi verra-t-il apparaître, non pas quand la centième bougie sera éteinte mais quand il aura refermé le livre, le spectre à la lanterne bleue.

 Sylvie Lorre.

 Contes d'une grand-mère japonaise, Yveline Féray, Picquier, 2012. 195 p.

 Crédit photo : Electre.