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Nous avions quitté Marwenn qui avait vaillamment surmonté les épreuves liées à la prophétie ; mais cette victoire sur les forces du Mal était amoindrie par la nouvelle de l’arrivée prochaine des Allemands sur l’île. Cette dualité - devenue omniprésente- on la retrouve dans le second tome auquel elle donne son unité.

On a d’abord deux récits qui se répondent : l’un situé en 1942, un retour en arrière par rapport à celui qui se passe en 2012 : les héros contemporains marchent sur les traces de leurs prédécesseurs, car ils sont leurs descendants ou s’intéressent aux documents que ces derniers ont laissés. Cette double narration constitue les deux faces d’une même réalité, si monstrueuse qu’elle défie l’imagination.

Ensuite chaque protagoniste n’existe que dans la relation qu’il entretient avec un ou plusieurs personnages.

Ainsi Arnaud de Tréharec a découvert le journal de Marwen si fascinant(e). Cette fille lui fait oublier sa solitude qui va être bientôt rompue par l’arrivée d’un jeune Allemand, aussi blond qu’Arnaud est brun, Siegfried surnommé Sieg. Arnaud devra unir ses forces à celles de son nouvel ami pour l’aider à découvrir la signification du rêve qui le hante : « Je rêve que je suis sur une île, sur cette île. J’en connais le nom. Pas son nom habituel, mais son nom ancien, « Enez Disrann ». J’ai été appelé sur l’île. Pas d’une façon normale, mais plutôt je m’y suis senti appelé. ». Cependant l’amour menacera de les séparer cruellement.

Arnaud, comme Marwenn, sera aidé par le cerf blanc : « Arnaud avança une main tremblante vers son museau. La bête royale se laissa toucher et ce contact emplit le jeune homme d’une énergie lumineuse. », et par l’étoile : « Cette fois il ne ressentit aucun choc mais, au contraire, un bien-être immédiat. »

On retrouve cette même structure dans le retour en arrière. Commençons par ce frère et cette sœur que leurs parents ont envoyés chez leur grand-mère, madame de Tréharec qui a autrefois perdu deux de ses enfants, des jumeaux. L’hostilité d’Anne envers James, comme un écho au conte des deux frères où l’un est maladivement jaloux de l’autre, cache en réalité un sentiment de culpabilité. Mattéo fait irruption dans leur vie : «  - Qu’est-ce que c’était, dit le Frère en haletant.

  • On a écrasé quelqu’un, balbutia Anne les yeux dilatés d’horreur. »

Il est accompagné d’un mystérieux compagnon : « Un grand oiseau blanc sortit du mur de brume qui engloutissait les talus au bord de la route et, sans un bruit, s’envola derrière la voiture. » L’adolescente entretient une correspondance avec son amie de cœur, Claire, dont elle n’a plus de nouvelles. De ce fait elle se rapprochera peu à peu de Marwenn avec qui elle vivra de terrifiantes et haletantes aventures face au mystérieux rhombus en forme de losange, une figure à quatre côtés.

L’ile enfin est double, comme l’explique Taliesin à Arnaud : « Cette île est ce que certains appellent un lieu paradoxal ou une centrale d’énergie psychique .C’est un lieu de transformation et de passage entre les dimensions dites du réel et celles, que l’on appelle à tort, de l’imaginaire. »

 Ce second tome repose sur un foisonnement de personnages que l’auteur a su intégrer avec brio et le lecteur marche sur les traces des héros confrontés à de multiples rebondissements. Comme eux, il se sent prisonnier des forces souterraines dans ce nouveau royaume du Mordor  ; mais une construction rigoureuse de la narration lui sert de fil d’ Ariane et lui livre des informations inconnues des personnages. Néanmoins son interrogation reste entière : dans le troisième tome, les héros parviendront-ils à détruire cet anti-Graal permettant à l’île de retrouver son équilibre et donc son unité, comme dans la vieille chanson : « Un, le Roi, le Bon Dieu qui régit l’infini. » ?

 Syvie L.

 Les maîtres de l’orage, 2 : Le vertige du rhombus, Véronique David-Martin, P. Galodé éditeurs, 2013. 529 p.

 Crédit photo : Electre.