transatlantic

 Après avoir lu ce dernier opus de Colum McCann certains amis lecteurs de ma connaissance ont manifesté une légère déception. Et d’évoquer bien sûr le dernier gros succès de l’auteur Et que le vaste monde poursuive sa course folle, détenteur du National Book Award en 2009 et premier au palmarès du magazine Lire la même année.

Je voudrais faire partager mon enthousiasme pour Transatlantic parce que j’ai pris un grand plaisir à voir McCann réaliser ce que j’espérais : un ouvrage où l’auteur témoignerait de son fort attachement et pour son pays l’Irlande, où il est né en 1965, et pour celui où il vit, enseigne et écrit désormais depuis 1986 : les Etats-Unis.

Transatlantic me comble : c’est un roman qui recrée le lien entre ces deux pays. L’auteur jette un pont sur l’Atlantique entre l’Amérique et l’Irlande, du XIXe siècle à nos jours, mêlant histoire et fiction dans une fresque vertigineuse à la construction audacieuse (4e de couverture) qui me séduit du début à la fin.

Trois événements historiques, trois voyages de l’Amérique vers l’Irlande jalonnent le roman. Il y a d’abord l’aventure de deux aviateurs, Jack Alcock et Teddy Brown, vétérans de la Grande guerre qui, en 1919, effectuent le premier vol transatlantique entre Terre-Neuve et Dublin. En 1845 un esclave noir affranchi, Frédérick Douglass, répond à l’invitation de son éditeur pour présenter ses Mémoires. Il fait une tournée triomphale et déplace des foules enthousiastes dans une Irlande déjà affectée par la Grande famine. En 1998, le sénateur américain Georges Mitchell fait la navette entre New-York, Londres, Dublin et Belfast pour participer à l’accord de paix qui sera effectivement signé le Vendredi saint entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du nord.

Ces trois histoires d’hommes sont reliées par des destins de femmes toutes en quête d’émancipation. C’est la partie fictive du roman. A Dublin, en 1845, une jeune domestique de dix-sept ans, Lily Duggan, croise le regard de Frédérick Douglass. Ce contact décide de son avenir. Elle quitte son pays, s’embarque pour le Nouveau monde où elle refait sa vie dans le Missouri. Sur quatre générations, Lily et ses descendantes Emily, Lottie et Hannah auront une existence mêlée intimement à celles des quatre héros. Elles les rencontreront au long de leur existence et subiront de rudes épreuves, affrontant la faim, le froid et la violence des conflits. Toutes feront preuve d’une étonnante vitalité. En 2011, dans l’Irlande en crise, Hannah, l’arrière petite-fille de Lily,  qui croule sous les dettes, tente de puiser dans l’histoire de ses ancêtres la force de surmonter sa solitude et ses chagrins.

Le monde a cela d’admirable qu’il ne s’arrête pas après nous. Telle est la réflexion qui conclut ce beau roman. Colum McCann donne l’impression d’être toujours profondément attaché à sa terre natale quittée depuis si longtemps.

 Monique L.

 Transatlantic, Colum McCann, Belfond, 2013, 375 p.

 Crédit photo : Electre.