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Isabelle Monnin nous embarque dans une drôle d’aventure : après avoir acheté sur un site de vente en ligne 250 photos, elle se met en tête de raconter une histoire à partir de là. Une première partie comme une sorte de jeu littéraire. Le côté romanesque est  très réussi, les phrases sont ciselées.

L’entreprise prend une autre tournure dans la seconde partie de l’ouvrage où l’auteure part à la recherche des « vrais gens de l’enveloppe »…Pourquoi vouloir confronter la fiction au réel ? Peut-être pour se défaire de la culpabilité d’utiliser un support « volé » ? Pour redonner un sens, une fierté à ces gens inconnus : « Les photos des gens dans l’enveloppe sont deux fois orphelines : clichés d’un temps perdu et images bradées à un brocanteur inconnu ».

C’est aussi une interrogation sur le temps, la mémoire : « Je ne sais pas toujours précisément ce qui m’émeut dans les photos. Elles me parlent de ce qui se vit et se meurt en même temps. Elles me racontent la beauté de l’instant unique qu’on ne revira jamais. Elles me chantent l’effort vain de l’humain pour retenir la vie.[…]

On ne retient pas la vie, on peut juste s’en souvenir. La vie est comme les secondes, elle se fiche de nos efforts, elle coule dans son perpétuel effacement. »

L’histoire de ces gens ordinaires est poignante. Isabelle Monnin nous fait vivre cette enquête en s’interrogeant aussi sur son propre rôle. On ne rentre pas sans conséquences dans la vie de personnes qui ne cherchent pas forcément à faire ressurgir des moments douloureux du passé. Tout se termine comme dans un conte puisque les gens de l’enveloppe ont participé à la troisième partie du projet : un CD accompagnant le livre sous la houlette d’Alexandre Beaupain, avec aussi  la sublime voix de Camélia Jordana et ces gens ordinaires, anonymes qui chantent avec justesse : Suzanne, Michel M., Laurence B., Zoé B., Arthur B.,

Richard F.

Les gens dans l'enveloppe : roman, enquêtes, chansons, Isabelle Monnin, Lattès, 2015. 1 vol. (379 p.) + 1 CD audio.

Crédit photo : Electre.