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Je ne connaissais pas cet auteur, aujourd’hui âgé de 60 ans. J’ai appris qu’il avait publié son premier roman Voyage sur la ligne d’horizon en 1988 et obtenu le Prix Goncourt des lycéens pour Mille six cent ventres en 1998. Il enseigne l’esthétique dans une école d’art parisienne et a mis plus de 4 ans à écrire ce livre.

            Celui-ci s’ouvre sur un accident. Thomas reçoit un appel à 4 heures du matin, sa femme Camille, brillante femme d’affaires a été victime d’une violente sortie de route sur une départementale et a été transférée au CHU de Rouen. Elle est dans le coma. Thomas veut comprendre, rationnellement, lui dont le métier est de développer des logiciels de traçabilité des individus. Commence donc une enquête où le lecteur vit avec le personnage en temps réel. On est embarqué par le rythme, la pulsation des phrases : présent de narration, dialogues sans guillemets. On a l’impression d’épouser sa respiration.

            L’énigme ne sera pas résolue. On ne saura pas de quoi Camille est morte ni ce qu’elle faisait sur cette route. Mais ce drame intime sera un tournant dans l’existence de Thomas. Il le renvoie à la mort de son père et l’enquête va se transformer en quête d’identité. Il part retrouver son frère Jean dans la maison familiale des Pyrénées où il élève des brebis, puis sa sœur Pauline, médecin humanitaire au Cameroun.

            Trois mouvements donc, trois voix structurent le livre, accentuent son caractère musical. Mais ce qui est fascinant, c’est l’importance de la nature, de l’environnement, du paysage. « Je suis parti d’une géographie en trois axes », explique l’auteur, « la vallée de la Seine entre Paris et Le Havre, Les Pyrénées, L’Afrique noire. Cela s’est imposé d’emblée, intuitivement, sans personnages ».

Thomas après avoir été éjecté de son entreprise, part à la conquête de soi, de son passé. Il y découvrira des secrets de famille mais aussi des plaies de notre société : la dureté du monde du travail avec les excès du libéralisme, la corruption en Afrique, la montée de l’islamisme avec Boko Haram, le drame des migrants.

            Derrière le parcours singuliers des individus, Thomas saisit un état du monde.

Le livre peut donc se lire comme une parabole pour notre temps. Thomas, après s’être dépassé physiquement (voir l’exergue : « la chair n’est qu’un mémento mais elle dit la vérité » et la référence à Cormac McCarthy qu’il admire) trouvera une certaine paix dans la pleine conscience du monde et l’attention aux autres.

            La référence trinitaire de la composition, les prénoms choisis (Jean, Thomas qui ne croit que ce qu’il voit) et surtout le titre biblique confortent cette idée d’une sorte de rédemption. Thomas, mais aussi Camille, Jean, Pauline peuvent enfin se reposer. L’intérêt de ce livre, malgré quelques longueurs est qu’on peut le lire comme un thriller mais surtout, qu’au-delà des personnages romanesques, on apprécie la puissance du style, les descriptions des paysages et des sensations, la musicalité nerveuse de l’écriture.

 Maryvonne D.

Au commencement du septième jour, Luc Lang, Stock, 2016. 537 p. (Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan 2016)

Crédit photo : Electre.