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Ce premier roman d’un auteur né en 1977, juriste italo-belge, donne envie de le lire assis en position de méditation Zazen dans un environnement paisible et dépouillé.

Le Haïku de Kobayashi Issa choisi en  épigraphe  invite  à la sérénité :

                                                    Là

                                                    Tout simplement

                                                    Sous la neige qui tombe.

Une composition très simple en quatre parties : Washi, Origami, Zen, Ima, termes présentés comme traduction des kanji japonais. Dans chaque partie de minuscules, faut-il dire chapitres ou poèmes d’inspiration japonaise comme par exemple :

« Le jeune homme arrive par la vallée

On entend ses pas écraser les cailloux jaunes du sentier qui mène à la piscine en ruine de la demeure. »

            Comme dans le haïku, une grande concentration et un grand dépouillement.

            Respectons la composition comme on respecte les plis définitifs de l’origami :

             WASHI

            On y rencontre maître Kurogiku dont le nom signifie Chrysanthème noir, fleur sacrée symbole de « joie, rire et éternité ». Maître Kurogiku connaît les secrets de fabrication de ce précieux et incroyablement résistant papier japonais, le Washi : « papier de la paix et de l’harmonie », un art qui se transmet de génération en génération. Mais il ne vend pas toutes les feuilles obtenues ; les plus belles, il les garde et il les plie « car la véritable passion de maître Kurogusu dans la vie est - l’origami ». Ainsi dans la région ne le connaît-on que sous le nom de « Monsieur Origami ».

            C’est que maître Kurogusu ne vit pas au Japon mais en Italie, dans une vieille maison de Toscane, une ruine, sans propriétaire connu. Il a soixante ans maintenant et cela fait quarante ans qu’il a quitté le Japon n’emportant avec lui que trois pousses de koso, le murier à papier. Cette première partie se clôt sur une rencontre : dans l’univers zen de monsieur Origami pénètre Casparo un jeune italien à la recherche d’un logement.

            ORIGAMI

            « Toutes les règles sont contenues dans le mot lui-même : origami. Oru : plier. Kami : papier. » Au Japon l’origami le plus populaire est celui de la grue et il faut être au Parc de la Paix à Hiroshima pour éprouver toute l’émotion liée à la légende des mille grues : Si l’on parvient à plier mille grues, son vœu le plus cher se réalise. Sadako Sasaki avait dix-huit mois le 6 août 1945 à Hiroshima. Onze ans plus tard elle fut atteinte d’une leucémie due à l’irradiation. Elle ne put plier que 644 grues. Maintenant les écoliers japonais plient pour elle 1000 grues et les déposent sur sa statue.

            Casparo, lui aussi, a une passion c’est-à-dire « une activité dont personne ne voit l’utilité ». Il est horloger et a l’ambition de construire une montre contenant toutes les mesures du temps.

            ZEN

            Maître Kurogiku peut méditer des heures sur les plis d’un origami ; c’est aussi ce que devrait faire Casparo : entrer en méditation et tenter de « déplier la ligne du temps ». C’est peut-être « déplier la ligne du temps » que rappeler le curieux évènement qui a poussé le jeune Kurogiku à tout quitter pour l’Italie ; méditation sur l’origine, sur la vie, sur sa part d’ombre.

            IMA

            Ima signifie maintenant.

            Une belle réflexion sur les choix qu’il faut faire dans la vie ; quitter les projections vers le passé ou l’avenir et vivre le présent et le maintenant : Ima.

            Le maintenant des deux hommesest de se rendre au Japon dans le village d’Higashi Chichibu où le savoir-faire des artisans fabriquant le washi est reconnu par l’Unesco comme « patrimoine culturel immatériel de l’humanité ».

            Comment les artisans, dont le père de Kurogiku, auraient-ils pu imaginer que le washi  deviendrait une arme de guerre ! Bombarder un pays  en utilisant deux éléments naturels et inoffensifs : du papier et du vent ! Dans le cadre du projet Fugo, en 1944, le Japon a en effet  lancé contre les Etats Unis 9300 ballons faits de washi et porteurs de  bombes.

 « Washi signifie : papier de la paix et de l’harmonie…

 Toute beauté a sa part d’ombre ».

Michèle M.

Monsieur Origami, Jean-Marc Ceci, Gallimard, 2016. 157p.

Crédit photo : Electre.