sarah

Ça raconte Sarah est un livre qui raconte l'amour sous sa forme la plus pure. Ça raconte surtout le silence d'une femme qui croise la route de Sarah, qui tombe sous son charme et  qui semble dépassée par cette "violence" amoureuse. Elle, dans sa vie monotone, se retrouve devant une montagne, quelque chose de l'ordre du gigantisme. Elle, dont on ne connaît même pas le prénom, vit soudain sous le règne de Sarah, elle ne peut qu'essayer d'être au mieux l'élément modérateur de cette liaison folle.

Elle était une maman avec un homme et puis maintenant elle raconte Sarah, elle parle de tout ce qu'elle n'a pu dire à Sarah.

On ne sait pas grand-chose de cette femme, on sait seulement sa souffrance ; elle nous fait penser à une ville dévastée par un ouragan.

Ce livre est une onde de choc qui nous soulève, nous bouleverse.

Celle qui raconte Sarah, a une petite fille. Connaît-on seulement son prénom? Le seul prénom qui traverse le livre comme un orage c'est celui de Sarah.

Sarah est une tempête, une force indomptable. "Sarah est vivante" lit-on souvent dans ce livre, c'est dire si ce que l'on prend habituellement pour de la vie est bien pâle à côté.

La femme qui s'est éprise de Sarah croyait peut être n'aimer que les hommes ? Mais elle apprendra que l'amour dépasse ce clivage, que l'amour n'est pas une question liée à une orientation sexuelle, à une préférence physique, psychique... mais que l'amour est un couperet qui peut nous tomber dessus ou pas sans aucune forme de distinction.

Alors face à l'immensité émotionnelle que représente un tel amour, bien des clichés, bien des préjugés volent en éclat et tombent sous le sens.

Ce livre, à l'instar de quelques autres livres de cette liste Goncourt, est construit en deux parties bien distinctes. On y trouve une écriture remplie de poésie, de belles phrases qui racontent la joie, l'envie, la souffrance, le désir, la faim insatiable, la vie avec Sarah et sans Sarah.

 C'est un très beau livre sur l'amour, un amour total. L’auteure signe là un premier roman très prometteur, un petit bijou de littérature qui se lit d'une traite.

 « L'intensité entre nous est trop forte, des orages éclatent. Elle devient mauvaise, elle crie à en faire trembler les murs, elle tombe à genoux, pleine de sanglots déchirants. Elle se relève, titube, vient se nicher entre mes bras, demande pardon. Un mot de trop et elle se met à crier à nouveau, à dire c'est plus possible c'est plus possible, à claquer les portes. Elle se laisse rattraper in extremis, elle ne combat pas quand je la déshabille et que je la force à entrer dans la baignoire où je la lave méticuleusement sous l’œil ahuri du chat de la maison, elle pleure, en silence tandis que je fais chhhhh  chhhh comme quand on veut apaiser un enfant qui fait ses dents, un grand gaillard plein de fièvre, un vieux qui s’apprête à mourir, aller chhhhh c'est fini, là chhhh.»  

Emmauel C.

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard, Minuit, 2018. 188 p. (Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point 2018, Prix Envoyé par la Poste 2018, Prix du Style 2018).

Crédit photo : Electre.