leurs enfants

D'abord le cadre : une ville vosgienne fictive, Heillange (allusion à Hayange, à Florange ?) avec ses hauts fourneaux éteints dont l'ombre plane sur les gens. A proximité, un lac immobile sous la chaleur et une forêt de sapins touffue, un peu inquiétante.

Ensuite une temporalité : quatre étés de 1992 à 1998, comme des saisons. Enfin de vrais personnages.

Au commencement, Anthony a 14 ans. Il est issu d'une famille cassée ; il n'est pas heureux à l'école. Il est plombé par le déterminisme social, ses rêves sont encalminés.

Il va grandir avec son cousin, tomber amoureux de Stéphanie d'un milieu plus aisé qui connaît les codes pour s'en sortir et lui échappe, se frotter à Hyacine l'immigré…

L'auteur excelle à évoquer ces adolescents, leurs désirs, leurs doutes, leur rage de vivre, leurs déceptions. Cela pourrait être sombre mais l'auteur les retranscrit avec une densité, une énergie, une sensibilité communicative. Les dialogues sont d'une grande justesse, l'évocation de la ville et de ses habitants est hyper réaliste. L'ironie de l'illusion de la fraternité lors de la finale de la coupe du monde de football nous fait rire jaune et nous bouleverse.

Quel sera le futur de ces zones déshéritées et de ces jeunes qui semblent condamnés à mener la même existence que leurs parents ?

Un vrai roman, à la fois sociologique et d'initiation, passionnant malgré quelques longueurs.

Maryvonne D.

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu, Actes Sud, 2018. 425 p.

Crédit photo : Electre.