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Ce récit commence par un duel au Jardin botanique, une aventure à la Paul Féval. Plus tard, avec Othello, Louise et son barbon, on pense plutôt à Marivaux. Mais en fait, et l’auteur le dit page 126 : « ... même pas une fable, une farce ! »

             On est au théâtre ! L’inventivité dans les mots, les tournures de phrases, la verve, le panache d’un texte truculent, piqué de bons mots, de formules lyriques, parfois teinté de poésie.

Il y a même le deus ex machina, la montagne elle-même, la Pelée, qui réalise la mise en scène, qui mène la danse et le récit à la première personne.

            D’autres personnages prendront la parole : la rivière Roxelane, le tourbillon qui décroche un petit rôle, et plus loin Mona, la grand-mère un peu sorcière.

            La montagne nous raconte comment et pourquoi la catastrophe va se produire.

            Page 188, elle nous révèle une des clés de sa colère : l’attribution des noms aux anciens esclaves, « une débauche de vexations (…). Pourquoi n’ont-ils pas compris que tout commençait par le nom ? Le renoncement ou la révolte. Moi qui souffre encore aujourd’hui d’être la Pelée, la galeuse, je me suis sentie trahie ». Cela donnera lieu à une explosion en 1852, « une éruption de déprimé ».

            Depuis tant d’années, elle a vu la corruption, les brimades, la terre et les hommes malmenés, les décisions arbitraires ... Mais elle va prendre sa revanche !

            Le décor est planté, les protagonistes vont apparaître, avec tout le panel des défauts et qualités de notre humanité. Bassesse, orgueil, amour, jalousie, honneur, regrets, préjugés, goût du lucre et du pouvoir, bons sentiments ...

             C’est du grand spectacle !

            On savait que l’histoire finirait mal, mais on dévore ce livre jusqu’à l’apothéose de la Pelée :

8 mai 1902, 30.000 morts.

             Bravo l’artiste !

 Chantal B.

Quatre-vingt-dix secondes, Daniel Picouly, Albin Michel, 2018. 264 p.

Crédit photo : Electre.