Lire sur les remparts !

25 avril 2017

Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi...

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Ce récit autobiographique du chanteur et parolier du groupe Zebda se déroule sur l'année du bac de l'auteur (le premier bachelier de la cité des quartiers nord de Toulouse). Avec verve ou avec émotion, dans une langue assez crue, l'auteur nous raconte les luttes au quotidien de trois amis qui chacun dans leur domaine tentent d'échapper au lot commun des jeunes de ces cités : Samir, le militant, Momo le tchatcheur apprenti comédien et Madgyd le poète futur musicien, tous trois en quête de reconnaissance mais qui ne renoncent pas à un certain rôle social dans la cité : soutien scolaire aux jeunes décrocheurs, soutien moral aux filles brimées et malmenées lorsqu'elles tentent de s'émanciper un peu de la tutelle familiale. Tentation parfois aussi de la violence : « péter la gueule à ces veinards qui nous bouchent l'horizon… putain de blancs, putains de blonds, toujours à nous barrer la route… » Violence qui est aussi leur lot quotidien quand ils doivent affronter les sarcasmes et les coups des autres jeunes de la cité. Ma part de gaulois est un récit attachant  qui nous plonge au coeur de la vie d'une cité avec ses mères excessives, ses filles qui doivent lutter sans cesse pour une parcelle de liberté, ses jeunes qui ne connaissent d'autre langage que la violence et ceux qui tentent de se construire une autre identité en assumant leur part de Gaulois.

Yvette D.

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud, 2016. 258 p. (Prix d'une vie Le Parisien Magazine 2016, prix des Députés 2017). 

Crédit photo : Electre.                                                                             

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18 avril 2017

Continuer de Laurent Mauvignier...

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Continuer de Mauvignier a partagé les lecteurs du Club-lecture de la bibliothèque. L’aventure relatée dans ce récit s’avèrerait trop peu crédible pour certains ; pourquoi Sibylle emmenait-elle son fils Samuel, adolescent en rupture avec la société, chevaucher les montagnes si lointaines du Kirghizistan ? Les dernières pages, si elliptiques, étaient-elles pertinentes ?... Néanmoins, ce roman m’a émue jusqu’aux larmes. Cette femme, finalement tout autant déchirée que son fils, m’a emmenée avec eux à la reconquête de sa propre histoire, d’une vie accidentée, de son amour pour son enfant à qui elle tentera de redonner du sens, des valeurs, au plus près de la nature, loin d’une société de consommation superficielle. L’écriture de Mauvignier nous fait ainsi pénétrer ses personnages, avec pudeur et dignité, illuminant, à sa façon, une sélection Goncourt 2016 bien sombre.

Marlène L.

 

 

Continuer, Laurent Mauvignier, Editions de Minuit, 2016. 238 p.

Crédit photo : Electre.                                                                                            

 

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11 avril 2017

Laëtitia ou la fin des hommes d'Ivan Jablonka...

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En Janvier 2011 un fait divers sordide a occupé les médias pendant plusieurs semaines ; Laëtitia, jeune fille de 18 ans a été enlevée puis son corps retrouvé, démembré. C'est une onde de choc qui parcourt le pays ; les politiques s'en mêlent, la justice est incriminée ;  il est question de durcir la législation pour les récidivistes.

Ivan Jablonka choisit d'écrire sur ce fait divers qu'il « aborde sous l'angle de deux faits sociaux : la vulnérabilité des enfants et les violences subies par les femmes ». Il entreprend une longue enquête, au jour le jour alternant d'un chapitre à l'autre données techniques et retour sur la vie de Laëtitia ; c'est la vie de Laëtitia qui est le centre de son livre « Je ne me suis pas tant intéressé à la "victime" (...) qu'à la disparue, celle qui est absente (...) rappelant que Laëtitia a été un bébé, une fillette, une adolescente, une jeune fille sur la voie de l'émancipation ». Son livre est fort, sobre et bouleversant.

« J'ai écrit comme un chercheur et comme un écrivain mais aussi comme le père de 3 filles, comme un citoyen soucieux de notre société ».

 Ivan Jablonka est historien. Il a obtenu le 4ème prix littéraire du Monde et le Prix Médicis pour ce roman.

Claudine R.

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, Seuil, 2016. 383 p. (Prix Transfuge du meilleur essai 2016, Prix littéraire du Monde 2016, Prix Médicis 2016).

Crédit photo : Electre.

04 avril 2017

Au commencement du septième jour de Luc Lang...

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Je ne connaissais pas cet auteur, aujourd’hui âgé de 60 ans. J’ai appris qu’il avait publié son premier roman Voyage sur la ligne d’horizon en 1988 et obtenu le Prix Goncourt des lycéens pour Mille six cent ventres en 1998. Il enseigne l’esthétique dans une école d’art parisienne et a mis plus de 4 ans à écrire ce livre.

            Celui-ci s’ouvre sur un accident. Thomas reçoit un appel à 4 heures du matin, sa femme Camille, brillante femme d’affaires a été victime d’une violente sortie de route sur une départementale et a été transférée au CHU de Rouen. Elle est dans le coma. Thomas veut comprendre, rationnellement, lui dont le métier est de développer des logiciels de traçabilité des individus. Commence donc une enquête où le lecteur vit avec le personnage en temps réel. On est embarqué par le rythme, la pulsation des phrases : présent de narration, dialogues sans guillemets. On a l’impression d’épouser sa respiration.

            L’énigme ne sera pas résolue. On ne saura pas de quoi Camille est morte ni ce qu’elle faisait sur cette route. Mais ce drame intime sera un tournant dans l’existence de Thomas. Il le renvoie à la mort de son père et l’enquête va se transformer en quête d’identité. Il part retrouver son frère Jean dans la maison familiale des Pyrénées où il élève des brebis, puis sa sœur Pauline, médecin humanitaire au Cameroun.

            Trois mouvements donc, trois voix structurent le livre, accentuent son caractère musical. Mais ce qui est fascinant, c’est l’importance de la nature, de l’environnement, du paysage. « Je suis parti d’une géographie en trois axes », explique l’auteur, « la vallée de la Seine entre Paris et Le Havre, Les Pyrénées, L’Afrique noire. Cela s’est imposé d’emblée, intuitivement, sans personnages ».

Thomas après avoir été éjecté de son entreprise, part à la conquête de soi, de son passé. Il y découvrira des secrets de famille mais aussi des plaies de notre société : la dureté du monde du travail avec les excès du libéralisme, la corruption en Afrique, la montée de l’islamisme avec Boko Haram, le drame des migrants.

            Derrière le parcours singuliers des individus, Thomas saisit un état du monde.

Le livre peut donc se lire comme une parabole pour notre temps. Thomas, après s’être dépassé physiquement (voir l’exergue : « la chair n’est qu’un mémento mais elle dit la vérité » et la référence à Cormac McCarthy qu’il admire) trouvera une certaine paix dans la pleine conscience du monde et l’attention aux autres.

            La référence trinitaire de la composition, les prénoms choisis (Jean, Thomas qui ne croit que ce qu’il voit) et surtout le titre biblique confortent cette idée d’une sorte de rédemption. Thomas, mais aussi Camille, Jean, Pauline peuvent enfin se reposer. L’intérêt de ce livre, malgré quelques longueurs est qu’on peut le lire comme un thriller mais surtout, qu’au-delà des personnages romanesques, on apprécie la puissance du style, les descriptions des paysages et des sensations, la musicalité nerveuse de l’écriture.

 Maryvonne D.

Au commencement du septième jour, Luc Lang, Stock, 2016. 537 p. (Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan 2016)

Crédit photo : Electre.

                                                                                                

28 mars 2017

Toutes les vagues de l'océan de Víctor del Árbol...

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Né en 1968 à Barcelone, Víctor del Árbol a été policier après des études d’histoire. Il se consacre maintenant à l’écriture de romans, romans noirs et denses.

Ce livre est construit comme un millefeuille d’allers-retours entre les années 1930 et 2001-2002, mais aussi comme un puzzle. L’histoire est celle d’une famille : le premier personnage, un petit garçon qu’on assassine, puis sa mère policière détruite par cette mort, l’oncle Gonzalo, avocat plus ou moins raté et, le héros du roman, le Grand-père Elias Gil avec qui nous allons pénétrer dans l’URSS des années 30.

Jeune étudiant architecte communiste espagnol, titulaire d’une bourse Lénine, Elias se trouve avec trois autres jeunes idéalistes et des milliers de « droits communs » sur l’ile de Nazino (l’île des cannibales) sans vivres et sans abri. Il faut imaginer dès lors la survie dans cette jungle où sévit la loi du plus fort, où les caïds se fournissent en chair fraîche. Elias parviendra à fuir, et sa fuite réussit parce qu’il en paiera le coût… et quel coût ! Il n’aura pas assez de sa vie pour assumer sa culpabilité !

On le retrouvera agent de Beria pendant la guerre d’Espagne tantôt du côté des vainqueurs, tantôt dans les camps de réfugiés en France. Il en reviendra dans son pays auréolé de la gloire d’un héros ;

C’est donc un roman historique, un roman noir et un thriller qui nous amène à réfléchir à l’idéalisme et son devenir dans les révolutions, à l’utopie et à l’héroïsme confronté à l’instinct de survie et au mal absolu.

Annick V. C.

Toutes les vagues de l’océan, Víctor del Árbol, Actes Sud, 2014, coll. Actes noirs. 600 p. (Grand prix de littérature policière 2015 « roman étranger »).

Crédit photo : Electre.

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21 mars 2017

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante, phénomène de librairie...

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Une inconnue qui écrit sous pseudonyme, ne révèle pas son identité et se refuse à tout contact médiatique est pourtant à l'origine d'un succès imprévu.

Lorsqu'en 1990 les éditions Gallimard achètent les droits pour un premier roman en italien intitulé « L'amore molesto », le comité de lecture est partagé.

Hector Biancotti demande à un de ses amis Jean-Noël Schiffano, directeur de l'Institut français et grand spécialiste de Naples, ce qu'il en pense, celui-ci est emballé. L'amour harcelant est donc publié en 1995 dans la collection « Du monde entier », les ventes sont décevantes...

Gallimard récidive néanmoins et publie en 2006 Les jours de mon abandon et Poupée volée qui font tous deux un flop malgré un léger frémissement dans les ventes.

Si bien que quand l'éditeur italien d'Elena Ferrante présente à Gallimard le projet d'une trilogie qui va s'avérer une tétralogie, l'éditeur français hésite à prendre le risque.

Jean-Noël Schiffano reste impressionné par « l'authenticité, le rythme, la force de construction, l'obsession des thèmes, le retour des personnages, le grand art romanesque ».

Après une gestation de neuf mois le tome 1 L'amie prodigieuse sort en 2014 et tarde à trouver son public. Mais en 2016, la publication du tome 2 Le nouveau nom paré d'un bandeau qui se veut attractif « le livre que Daniel Pennac offre à tous ses amis ! » fait décoller les ventes d'autant que L'amie prodigieuse sort en Folio avec une belle couverture, une photo en noir et blanc de deux petites filles jouant dans une rue sale et pauvre...

La presse commence à parler du succès d'Elena Ferrante en Italie mais aussi aux Etats-Unis, phénomène assez rare pour un écrivain européen inconnu d'autant que l'auteur continue d'imposer ses règles, rester dans l'ombre, refuser toute promotion, pas de radio ni de télévision, quelques rares entretiens par courriel. Une façon de n'être jugée que sur la valeur de ses romans, « une position esthétiquement et intellectuellement irréprochable » comme l'écrit Daniel Pennac.

Depuis janvier 2016, Elena Ferrante ne quitte plus les sommets des meilleures ventes. Celle qui fuit et celle qui reste le tome 3 sort début janvier 2017 en même temps que le tome 2 en Folio et le bouche à oreille emballe les ventes et relance les livres précédents.

Le tome 4, L'enfant perdu est prévu pour octobre prochain... ça va être dur d'attendre !

Elena Ferrante est traduite en 42 langues, elle a vendu 5 millions de livres à travers le monde, Gallimard annonce 2.500 exemplaires vendus par semaine...

Raconter l'histoire de cette saga serait priver le lecteur du plaisir de la découverte car « le secret nourrit le sacré et laisse le champ libre à l'imaginaire » comme le rappelle Pietro Pisarra, journaliste et critique italien.

Voici néanmoins quelques éléments pour situer cette grande fiction.

Lila, fille d'un cordonnier et Elena, fille d'un portier de mairie sont toutes deux nées en 1944 dans le même quartier populaire et misérable de Naples.

Autour d'elles, évoluent une multitude de personnages issus de familles voisines, joyeux, violents, débrouillards, malhonnêtes parfois, chaleureux. Sans compter la présence de la corruption de la misère et celle de l'argent.

Les deux amies, brillantes, vont conjuguer leurs efforts pour échapper, chacune à sa manière, au destin de l'épouse soumise et résignée de la femme des années 50/60 jusqu'aux années 2000, dans l'Italie pauvre du sud.

Naples demeurant le fond du tableau au fil des volumes.

Elena Ferrante signe là un grand roman sur l'histoire récente de l'Italie d'une écriture nerveuse avec de nombreux rebondissements, du suspense, une diversité de l'intrigue et des personnages, une grande connaissance de l'âme et du corps de la femme et aussi des fusions et contradictions de l'amitié et de l'amour tout au long de la vie.

Bonne lecture à tous et à toutes !

 Alix.

 L'amie prodigieuse, 1 : Enfance, adolescence et L'amie prodigieuse, 2 : Le nouveau nom, Elena Ferrante, Gallimard, 2014 et 2015. 388 p. et 553 p.    

 Crédit photo : Electre.

14 mars 2017

A la rencontre de deux auteurs de romans policiers peu familiers : Red Farrel Coleman (USA) et Fernando Ampuero (Pérou)...

Redemption street, Reed Farrel Coleman

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Né le 29 mars 1956, Coleman est un auteur américain à l’humour typiquement juif new yorkais. Romancier et poète, il a écrit de nombreuses œuvres, notamment policières qui s’inscrivent dans des séries portées par un personnage récurrent. Trois romans ont été traduits en français, dont Redemption street, qui appartient à la série Moe Prager.

 New-York, années 1980, Moe Prager, ex-flic qui a dû se reconvertir suite à un accident physique survenu dans des circonstances peu glorieuses, est associé à son frère Aaron pour tenir une boutique de vins et d’alcools. Son existence quotidienne est devenue paisible auprès de sa femme et de sa fille.

Survient un homme excité qui le sollicite pour rouvrir une enquête sur la mort de sa sœur Andréa, victime avec 16 autres personnes dans l’incendie d’un hôtel de Catskill il y a quinze ans. Il s’adresse à Moe parce en tant que camarade de lycée d’Andréa.

En un premier temps Moe résiste, refuse cette demande qui risque de l’entraîner dans des souvenirs difficiles et ainsi devoir s’affronter à nombre de fantômes du passé. Le frère d’Andréa se retrouve interné dans une clinique psychiatrique. Le nom de Moe est inscrit sur le mur de sa chambre en lettres de sang. Moe Prager ne peut plus reculer. Il lui faut partir à la quête de la vérité sur ces évènements anciens, avec grande urgence personnelle. Nous découvrirons peu à peu pourquoi.

Et nous voici, lecteurs, embarqués magistralement dans cette quête de vérité. C’est une recherche complexe aux multiples rebondissements, guidée entre autre par le Journal d’Andréa retrouvé.

Ce roman, structuré en 15 chapitres datés du 23 novembre 1981 au 8 décembre, se clôt par un épilogue.

Michel M.

Redemption street, Reed Farrel Coleman, Editions Phébus (Rayon noir), 2006. 274 p.

Crédit photo : Electre.

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Caramel vert, Fernando Ampuero

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Péruvien, né le 13 juillet 1949, auteur de contes, de romans mais aussi dramaturge et poète, Fernando AMPUERO est un journaliste attentif aux problèmes de son pays.

Carmel vert, titre intrigant, nous fait rencontrer un jeune cambiste –narrateur du roman- qui vient de perdre son travail de caissier dans une mutuelle au plus fort d’une crise financière péruvienne majeure : «  On venait de me renvoyer de mon travail et la première chose que j’ai faite alors a été de me planter à un coin de rue », lieu de prédilection pour l’exercice de trafics divers.

Quelques années auparavant, une vieille voyante lui avait prédit qu’il verrait énormément d’argent lui passer entre les mains. Ce fut vrai pendant ses cinq années de caissier. Son recrutement par un certain Pedro Lopez allait lui permettre de voir encore beaucoup d’argent lui passer entre les mains « en changeant des dollars pour des intis », avec la rue comme bureau.

Dans la rue passe une splendide jeune femme, Mabel, employée d’une vieille receleuse. Ces deux femmes habitent le même immeuble que lui. Il tombe amoureux fou de Mabel qui aspire à une vie différente, loin de la violence des rues de Lima. Ils font des projets communs. Mais les évènements contrariants se multiplient et les dépassent. Crimes, soupçons et rebondissement s’enchaînent.

« Roman noir époustouflant » souligne la quatrième de couverture. Certes, d’autant que le style laconique, le rythme trépidant du déroulement de l’intrigue nous scotchent dès les premières pages.

Autre roman traduit en français du même auteur : Taxi driver sans Robert de Niro (2013), Métailié.

Caramel vert, Fernando Ampuero (Pérou), Editions Métailié (Suites), 1999. 138 p.

Crédit photo : Electre.

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Littérature policière de pays francophones lointains : aperçu depuis trois auteurs :

Je ne les ai pas lus et ils ne sont pas disponibles à la BM. Mais les notes de lecture consultées, par hasard d’ailleurs, me font penser que ces auteurs méritent d’être signalés.

  • PAPOUASIE : Russell SOABA : Maiba (1979. Editions Au Vent des Iles, 2016. 184 p.).
  • POLYNESIE : Patrice GUIRAO : Crois-le !, premier volume de la trilogie du détective tahïtien Al Dorsey (Editions Au Vent des Iles, 2016. 376 p.).
  • GABON : Janis OTSIEMI, né en 1976 à Franceville : African tabloïd (Pocket Thriller, 2016. 206 p.), La vie est un sale boulot (Jigal, 2014), Le chasseur de lucioles (Jigal, 2013).

 

Michel M.

 

01 décembre 2015

Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monnin...

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Isabelle Monnin nous embarque dans une drôle d’aventure : après avoir acheté sur un site de vente en ligne 250 photos, elle se met en tête de raconter une histoire à partir de là. Une première partie comme une sorte de jeu littéraire. Le côté romanesque est  très réussi, les phrases sont ciselées.

L’entreprise prend une autre tournure dans la seconde partie de l’ouvrage où l’auteure part à la recherche des « vrais gens de l’enveloppe »…Pourquoi vouloir confronter la fiction au réel ? Peut-être pour se défaire de la culpabilité d’utiliser un support « volé » ? Pour redonner un sens, une fierté à ces gens inconnus : « Les photos des gens dans l’enveloppe sont deux fois orphelines : clichés d’un temps perdu et images bradées à un brocanteur inconnu ».

C’est aussi une interrogation sur le temps, la mémoire : « Je ne sais pas toujours précisément ce qui m’émeut dans les photos. Elles me parlent de ce qui se vit et se meurt en même temps. Elles me racontent la beauté de l’instant unique qu’on ne revira jamais. Elles me chantent l’effort vain de l’humain pour retenir la vie.[…]

On ne retient pas la vie, on peut juste s’en souvenir. La vie est comme les secondes, elle se fiche de nos efforts, elle coule dans son perpétuel effacement. »

L’histoire de ces gens ordinaires est poignante. Isabelle Monnin nous fait vivre cette enquête en s’interrogeant aussi sur son propre rôle. On ne rentre pas sans conséquences dans la vie de personnes qui ne cherchent pas forcément à faire ressurgir des moments douloureux du passé. Tout se termine comme dans un conte puisque les gens de l’enveloppe ont participé à la troisième partie du projet : un CD accompagnant le livre sous la houlette d’Alexandre Beaupain, avec aussi  la sublime voix de Camélia Jordana et ces gens ordinaires, anonymes qui chantent avec justesse : Suzanne, Michel M., Laurence B., Zoé B., Arthur B.,

Richard F.

Les gens dans l'enveloppe : roman, enquêtes, chansons, Isabelle Monnin, Lattès, 2015. 1 vol. (379 p.) + 1 CD audio.

Crédit photo : Electre.

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10 février 2015

La pyramide de glace de Jean-François Parot...

La pyramide de glace, Jean-François Parot, Editions Jean-Claude Lattès, 2014, 474 p.

 

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        Contrairement à L’année du volcan, on ne commence pas par le récit d’un meurtre, même si l’allusion à l’étalon fait le lien avec l’histoire précédente : « Juste avant que l’hiver ne s’installât, Nicolas s’était rendu à Saumur pour voir son fils Louis à qui il avait fait présent de Bucéphale. » C’est une paisible soirée où Nicolas profite d’une société selon le cœur : « Au pied du fauteuil de Noblecourt, Aimée d’Arranet, assise sur un carreau, brodait. Le vieux magistrat, en robe de chambre bordée de fourrure, tenue qui rappelait ses anciennes fonctions, parlait d’abondance, le visage plissé de sourires. La jeune femme relevait parfois la tête et ce mouvement était aussitôt imité par Mouchette et Pluton, allongés à ses côtés. »

         La situation est difficile en cet hiver 1784 si rigoureux pour le peuple. Il y a cependant des éléments positifs comme la nomination de M. de Breteuil, un disciple de Malesherbes, comme ministre de la Maison du Roi et de la Ville, qui prend à cœur ses nouvelles fonctions ; non seulement il prône les réformes, mais les fait appliquer. Le roi lui-même part à la rencontre de son peuple, incognito, pour découvrir le véritable état de la France. Le seul souci de Nicolas, et cela va être de courte durée, ce sont  les cachotteries d’Aimée au sujet de sa fréquentation d’une loge maçonnique.

         Et puis l’intrigue policière se met en place, suite au dégel des odalisques de neige et de glace : «  - Imagine qu’une femme, enfin c’est ce qui semble apparaître peu à peu, pour être plus exact son cadavre, se trouve pris dans une pyramide de glace. » Et Nicolas va être confronté à nombre de personnes du beau sexe. L’inconnue, victime d’un meurtre, ressemble à la reine et fait troublant : on retrouve, dans son cou, un fragment de porcelaine provenant d’un service appartenant à  Marie-Antoinette. Cette pyramide de glace se trouve non loin de la maison de plaisir du Président Philippe de Vainal, dirigée par une servante-maîtresse Hermine Vallard qui en sait plus qu’elle ne veut bien le dire. Une première piste conduit notre héros auprès de Jeanne Le Bœuf, mais cette dernière semble bien vivante, avant de disparaître mystérieusement. Il cherche aussi Béatrice Gagère, ancienne fille de l’Opéra, qui participait à des parties fines et qui se sera retrouvée morte, complètement dévêtue, dans une carrière à plâtre de Montmartre. Le commissaire se renseigne auprès de sa vieille amie, La Paulet qui connaît tout du monde galant et se rend chez Madame Truchet, revendeuse à la toilette, pour récupérer les vêtements de la première morte. Ainsi il apprend qu’une jeune servante nommée Louison Ravet a été chargée par un mystérieux inconnu de vendre les effets. Mais dans quelles circonstances le sosie de la reine a-t-il perdu ses vêtements : a-t-elle participé à des pratiques occultes organisées par Suzon Mazenard ?

         Et toutes ces femmes gravitent directement  ou indirectement autour d’un homme d’affaires et de plaisirs, le duc de Chartres, le futur Philippe-Egalité, à propos duquel le roi pourrait dire, en transformant la maxime de Voltaire : Mon Dieu gardez-moi de ma famille, mes ennemis je m’en charge !

         Nicolas échappera deux fois aux Enfers grâce à Pluton le bien nommé : son fidèle compagnon le sauvera d’une attaque de chiens sauvages et le retrouvera dans un trou au fond d’une carrière. Mais l’épilogue laisse présager qu’il n’en pas fini avec les ennemis de la reine : le cavalier de Compiègne sera toujours au service de Ses Majestés, avec on l’espère, la même longévité que 007.

Sylvie L.

La pyramide de glace, Jean-François Parot, Lattès, 2014. 474 p. (Les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet ; 12)

Crédit photo : Electre.

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23 avril 2014

L'homme qui avait soif de Hubert Mingarelli...

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Le 11 avril 2014 Hubert Mingarelli recevait à Saint-Brieuc le Prix Louis Guilloux pour son roman L’homme qui avait soif.

En 2003 le Prix Médicis avait couronné Quatre soldats.

Pourquoi Hisao laisse-t-il le train repartir sans lui ? Qu’est-ce qui le retient de courir alors qu’il en est encore temps ? Qu’est-ce qui l’emporte sur le désir de veiller sur la valise qui part avec le train et où il a caché un cadeau : un œuf de jade pour Shigeko sa fiancée d’Okkaïdo, qu’il ne connaît encore que par des échanges épistolaires ? Il en pleure de désespoir mais la soif qui l’obsède est plus puissante que tout autre désir: « l’eau était sa vie et son bonheur » et l’eau dont le besoin irrépressible l’a fait descendre du train arrêté en rase campagne ne coule que goutte à goutte, « sans doute un reste de rosée que la mousse avait gardée ».

Depuis qu’il a combattu dans les montagnes de Peleliu « Hisao Kikuchi ne supportait plus la soif. Son corps, son esprit, tout en lui désormais la craignait. A tout moment, elle prenait forme, elle était vivante. » « Quand j’ai soif, disait-il, je perds la tête ». C’est la soif d’une bête, comme elle il guettera jusqu’aux trous d’eau d’une route pour s’y abreuver.

Hisao retrouvera-t-il son œuf de jade ? Une quête commence : « Hisao courait, courait derrière le train, vers sa valise et le cadeau pour Shigeko. » La réussite ou non de la quête est déjà un premier centre d’intérêt.

D’autre part, une quête provoque toujours des rencontres et Hisao, lui-même si vulnérable, fera l’expérience de diverses formes de solidarité parfois très émouvantes puisque l’aide lui vient avec simplicité de personnes que la vie a profondément blessées, on le devine jusque dans les silences qui sont une des force de l’écriture de Mingarelli,

Même s’il se projette vers un avenir dont il attend l’apaisement, pas un moment Hisao, survivant du plus tragique des combats du Pacifique, ne peut déposer son fardeau : « Moi, j’ai été dans une bataille » sera sa justification. Dans la montagne de Peleliu, les soldats japonais creusaient jour et nuit, de grotte en grotte, un réseau inextricable de galeries pour se protéger des bombardements américains ; c’est dans ces boyaux obscurs qu’Hisao rencontra Takeshi : « Ce qu’ils formaient tous les deux était né dans la montagne, dans ce ventre sombre, rempli de poussière, de bruit, et sans la moindre lumière naturelle. » Takeshi, si frêle, « qui inventait des chansons avec des riens. » Où est maintenant l’âme de Takeshi ?

La guerre avait modelé Hisao : on l’a vu après le bombardement de Peleliu, se traîner sur les mains, sur les genoux puis tomber face contre terre, vaincu par la soif et le désespoir, aux pieds de l’ennemi. Mais on le verra, sa quête achevée, debout face à un jeune soldat noir américain et lui disant : « J’ai été un animal, mais j’ai changé depuis Peleliu. » Et ils n’auront pas besoin de parler la même langue pour se comprendre.

Michèle M.

 L’homme qui avait soif, Hubert Mingarelli. Stock, 2014. 154 p. (Prix Louis Guilloux 2014).

Crédit photo : Electre.