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21 mars 2017

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante, phénomène de librairie...

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Une inconnue qui écrit sous pseudonyme, ne révèle pas son identité et se refuse à tout contact médiatique est pourtant à l'origine d'un succès imprévu.

Lorsqu'en 1990 les éditions Gallimard achètent les droits pour un premier roman en italien intitulé « L'amore molesto », le comité de lecture est partagé.

Hector Biancotti demande à un de ses amis Jean-Noël Schiffano, directeur de l'Institut français et grand spécialiste de Naples, ce qu'il en pense, celui-ci est emballé. L'amour harcelant est donc publié en 1995 dans la collection « Du monde entier », les ventes sont décevantes...

Gallimard récidive néanmoins et publie en 2006 Les jours de mon abandon et Poupée volée qui font tous deux un flop malgré un léger frémissement dans les ventes.

Si bien que quand l'éditeur italien d'Elena Ferrante présente à Gallimard le projet d'une trilogie qui va s'avérer une tétralogie, l'éditeur français hésite à prendre le risque.

Jean-Noël Schiffano reste impressionné par « l'authenticité, le rythme, la force de construction, l'obsession des thèmes, le retour des personnages, le grand art romanesque ».

Après une gestation de neuf mois le tome 1 L'amie prodigieuse sort en 2014 et tarde à trouver son public. Mais en 2016, la publication du tome 2 Le nouveau nom paré d'un bandeau qui se veut attractif « le livre que Daniel Pennac offre à tous ses amis ! » fait décoller les ventes d'autant que L'amie prodigieuse sort en Folio avec une belle couverture, une photo en noir et blanc de deux petites filles jouant dans une rue sale et pauvre...

La presse commence à parler du succès d'Elena Ferrante en Italie mais aussi aux Etats-Unis, phénomène assez rare pour un écrivain européen inconnu d'autant que l'auteur continue d'imposer ses règles, rester dans l'ombre, refuser toute promotion, pas de radio ni de télévision, quelques rares entretiens par courriel. Une façon de n'être jugée que sur la valeur de ses romans, « une position esthétiquement et intellectuellement irréprochable » comme l'écrit Daniel Pennac.

Depuis janvier 2016, Elena Ferrante ne quitte plus les sommets des meilleures ventes. Celle qui fuit et celle qui reste le tome 3 sort début janvier 2017 en même temps que le tome 2 en Folio et le bouche à oreille emballe les ventes et relance les livres précédents.

Le tome 4, L'enfant perdu est prévu pour octobre prochain... ça va être dur d'attendre !

Elena Ferrante est traduite en 42 langues, elle a vendu 5 millions de livres à travers le monde, Gallimard annonce 2.500 exemplaires vendus par semaine...

Raconter l'histoire de cette saga serait priver le lecteur du plaisir de la découverte car « le secret nourrit le sacré et laisse le champ libre à l'imaginaire » comme le rappelle Pietro Pisarra, journaliste et critique italien.

Voici néanmoins quelques éléments pour situer cette grande fiction.

Lila, fille d'un cordonnier et Elena, fille d'un portier de mairie sont toutes deux nées en 1944 dans le même quartier populaire et misérable de Naples.

Autour d'elles, évoluent une multitude de personnages issus de familles voisines, joyeux, violents, débrouillards, malhonnêtes parfois, chaleureux. Sans compter la présence de la corruption de la misère et celle de l'argent.

Les deux amies, brillantes, vont conjuguer leurs efforts pour échapper, chacune à sa manière, au destin de l'épouse soumise et résignée de la femme des années 50/60 jusqu'aux années 2000, dans l'Italie pauvre du sud.

Naples demeurant le fond du tableau au fil des volumes.

Elena Ferrante signe là un grand roman sur l'histoire récente de l'Italie d'une écriture nerveuse avec de nombreux rebondissements, du suspense, une diversité de l'intrigue et des personnages, une grande connaissance de l'âme et du corps de la femme et aussi des fusions et contradictions de l'amitié et de l'amour tout au long de la vie.

Bonne lecture à tous et à toutes !

 Alix.

 L'amie prodigieuse, 1 : Enfance, adolescence et L'amie prodigieuse, 2 : Le nouveau nom, Elena Ferrante, Gallimard, 2014 et 2015. 388 p. et 553 p.    

 Crédit photo : Electre.


14 mars 2017

A la rencontre de deux auteurs de romans policiers peu familiers : Red Farrel Coleman (USA) et Fernando Ampuero (Pérou)...

Redemption street, Reed Farrel Coleman

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Né le 29 mars 1956, Coleman est un auteur américain à l’humour typiquement juif new yorkais. Romancier et poète, il a écrit de nombreuses œuvres, notamment policières qui s’inscrivent dans des séries portées par un personnage récurrent. Trois romans ont été traduits en français, dont Redemption street, qui appartient à la série Moe Prager.

 New-York, années 1980, Moe Prager, ex-flic qui a dû se reconvertir suite à un accident physique survenu dans des circonstances peu glorieuses, est associé à son frère Aaron pour tenir une boutique de vins et d’alcools. Son existence quotidienne est devenue paisible auprès de sa femme et de sa fille.

Survient un homme excité qui le sollicite pour rouvrir une enquête sur la mort de sa sœur Andréa, victime avec 16 autres personnes dans l’incendie d’un hôtel de Catskill il y a quinze ans. Il s’adresse à Moe parce en tant que camarade de lycée d’Andréa.

En un premier temps Moe résiste, refuse cette demande qui risque de l’entraîner dans des souvenirs difficiles et ainsi devoir s’affronter à nombre de fantômes du passé. Le frère d’Andréa se retrouve interné dans une clinique psychiatrique. Le nom de Moe est inscrit sur le mur de sa chambre en lettres de sang. Moe Prager ne peut plus reculer. Il lui faut partir à la quête de la vérité sur ces évènements anciens, avec grande urgence personnelle. Nous découvrirons peu à peu pourquoi.

Et nous voici, lecteurs, embarqués magistralement dans cette quête de vérité. C’est une recherche complexe aux multiples rebondissements, guidée entre autre par le Journal d’Andréa retrouvé.

Ce roman, structuré en 15 chapitres datés du 23 novembre 1981 au 8 décembre, se clôt par un épilogue.

Michel M.

Redemption street, Reed Farrel Coleman, Editions Phébus (Rayon noir), 2006. 274 p.

Crédit photo : Electre.

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Caramel vert, Fernando Ampuero

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Péruvien, né le 13 juillet 1949, auteur de contes, de romans mais aussi dramaturge et poète, Fernando AMPUERO est un journaliste attentif aux problèmes de son pays.

Carmel vert, titre intrigant, nous fait rencontrer un jeune cambiste –narrateur du roman- qui vient de perdre son travail de caissier dans une mutuelle au plus fort d’une crise financière péruvienne majeure : «  On venait de me renvoyer de mon travail et la première chose que j’ai faite alors a été de me planter à un coin de rue », lieu de prédilection pour l’exercice de trafics divers.

Quelques années auparavant, une vieille voyante lui avait prédit qu’il verrait énormément d’argent lui passer entre les mains. Ce fut vrai pendant ses cinq années de caissier. Son recrutement par un certain Pedro Lopez allait lui permettre de voir encore beaucoup d’argent lui passer entre les mains « en changeant des dollars pour des intis », avec la rue comme bureau.

Dans la rue passe une splendide jeune femme, Mabel, employée d’une vieille receleuse. Ces deux femmes habitent le même immeuble que lui. Il tombe amoureux fou de Mabel qui aspire à une vie différente, loin de la violence des rues de Lima. Ils font des projets communs. Mais les évènements contrariants se multiplient et les dépassent. Crimes, soupçons et rebondissement s’enchaînent.

« Roman noir époustouflant » souligne la quatrième de couverture. Certes, d’autant que le style laconique, le rythme trépidant du déroulement de l’intrigue nous scotchent dès les premières pages.

Autre roman traduit en français du même auteur : Taxi driver sans Robert de Niro (2013), Métailié.

Caramel vert, Fernando Ampuero (Pérou), Editions Métailié (Suites), 1999. 138 p.

Crédit photo : Electre.

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Littérature policière de pays francophones lointains : aperçu depuis trois auteurs :

Je ne les ai pas lus et ils ne sont pas disponibles à la BM. Mais les notes de lecture consultées, par hasard d’ailleurs, me font penser que ces auteurs méritent d’être signalés.

  • PAPOUASIE : Russell SOABA : Maiba (1979. Editions Au Vent des Iles, 2016. 184 p.).
  • POLYNESIE : Patrice GUIRAO : Crois-le !, premier volume de la trilogie du détective tahïtien Al Dorsey (Editions Au Vent des Iles, 2016. 376 p.).
  • GABON : Janis OTSIEMI, né en 1976 à Franceville : African tabloïd (Pocket Thriller, 2016. 206 p.), La vie est un sale boulot (Jigal, 2014), Le chasseur de lucioles (Jigal, 2013).

 

Michel M.

 

01 décembre 2015

Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monnin...

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Isabelle Monnin nous embarque dans une drôle d’aventure : après avoir acheté sur un site de vente en ligne 250 photos, elle se met en tête de raconter une histoire à partir de là. Une première partie comme une sorte de jeu littéraire. Le côté romanesque est  très réussi, les phrases sont ciselées.

L’entreprise prend une autre tournure dans la seconde partie de l’ouvrage où l’auteure part à la recherche des « vrais gens de l’enveloppe »…Pourquoi vouloir confronter la fiction au réel ? Peut-être pour se défaire de la culpabilité d’utiliser un support « volé » ? Pour redonner un sens, une fierté à ces gens inconnus : « Les photos des gens dans l’enveloppe sont deux fois orphelines : clichés d’un temps perdu et images bradées à un brocanteur inconnu ».

C’est aussi une interrogation sur le temps, la mémoire : « Je ne sais pas toujours précisément ce qui m’émeut dans les photos. Elles me parlent de ce qui se vit et se meurt en même temps. Elles me racontent la beauté de l’instant unique qu’on ne revira jamais. Elles me chantent l’effort vain de l’humain pour retenir la vie.[…]

On ne retient pas la vie, on peut juste s’en souvenir. La vie est comme les secondes, elle se fiche de nos efforts, elle coule dans son perpétuel effacement. »

L’histoire de ces gens ordinaires est poignante. Isabelle Monnin nous fait vivre cette enquête en s’interrogeant aussi sur son propre rôle. On ne rentre pas sans conséquences dans la vie de personnes qui ne cherchent pas forcément à faire ressurgir des moments douloureux du passé. Tout se termine comme dans un conte puisque les gens de l’enveloppe ont participé à la troisième partie du projet : un CD accompagnant le livre sous la houlette d’Alexandre Beaupain, avec aussi  la sublime voix de Camélia Jordana et ces gens ordinaires, anonymes qui chantent avec justesse : Suzanne, Michel M., Laurence B., Zoé B., Arthur B.,

Richard F.

Les gens dans l'enveloppe : roman, enquêtes, chansons, Isabelle Monnin, Lattès, 2015. 1 vol. (379 p.) + 1 CD audio.

Crédit photo : Electre.

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10 février 2015

La pyramide de glace de Jean-François Parot...

La pyramide de glace, Jean-François Parot, Editions Jean-Claude Lattès, 2014, 474 p.

 

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        Contrairement à L’année du volcan, on ne commence pas par le récit d’un meurtre, même si l’allusion à l’étalon fait le lien avec l’histoire précédente : « Juste avant que l’hiver ne s’installât, Nicolas s’était rendu à Saumur pour voir son fils Louis à qui il avait fait présent de Bucéphale. » C’est une paisible soirée où Nicolas profite d’une société selon le cœur : « Au pied du fauteuil de Noblecourt, Aimée d’Arranet, assise sur un carreau, brodait. Le vieux magistrat, en robe de chambre bordée de fourrure, tenue qui rappelait ses anciennes fonctions, parlait d’abondance, le visage plissé de sourires. La jeune femme relevait parfois la tête et ce mouvement était aussitôt imité par Mouchette et Pluton, allongés à ses côtés. »

         La situation est difficile en cet hiver 1784 si rigoureux pour le peuple. Il y a cependant des éléments positifs comme la nomination de M. de Breteuil, un disciple de Malesherbes, comme ministre de la Maison du Roi et de la Ville, qui prend à cœur ses nouvelles fonctions ; non seulement il prône les réformes, mais les fait appliquer. Le roi lui-même part à la rencontre de son peuple, incognito, pour découvrir le véritable état de la France. Le seul souci de Nicolas, et cela va être de courte durée, ce sont  les cachotteries d’Aimée au sujet de sa fréquentation d’une loge maçonnique.

         Et puis l’intrigue policière se met en place, suite au dégel des odalisques de neige et de glace : «  - Imagine qu’une femme, enfin c’est ce qui semble apparaître peu à peu, pour être plus exact son cadavre, se trouve pris dans une pyramide de glace. » Et Nicolas va être confronté à nombre de personnes du beau sexe. L’inconnue, victime d’un meurtre, ressemble à la reine et fait troublant : on retrouve, dans son cou, un fragment de porcelaine provenant d’un service appartenant à  Marie-Antoinette. Cette pyramide de glace se trouve non loin de la maison de plaisir du Président Philippe de Vainal, dirigée par une servante-maîtresse Hermine Vallard qui en sait plus qu’elle ne veut bien le dire. Une première piste conduit notre héros auprès de Jeanne Le Bœuf, mais cette dernière semble bien vivante, avant de disparaître mystérieusement. Il cherche aussi Béatrice Gagère, ancienne fille de l’Opéra, qui participait à des parties fines et qui se sera retrouvée morte, complètement dévêtue, dans une carrière à plâtre de Montmartre. Le commissaire se renseigne auprès de sa vieille amie, La Paulet qui connaît tout du monde galant et se rend chez Madame Truchet, revendeuse à la toilette, pour récupérer les vêtements de la première morte. Ainsi il apprend qu’une jeune servante nommée Louison Ravet a été chargée par un mystérieux inconnu de vendre les effets. Mais dans quelles circonstances le sosie de la reine a-t-il perdu ses vêtements : a-t-elle participé à des pratiques occultes organisées par Suzon Mazenard ?

         Et toutes ces femmes gravitent directement  ou indirectement autour d’un homme d’affaires et de plaisirs, le duc de Chartres, le futur Philippe-Egalité, à propos duquel le roi pourrait dire, en transformant la maxime de Voltaire : Mon Dieu gardez-moi de ma famille, mes ennemis je m’en charge !

         Nicolas échappera deux fois aux Enfers grâce à Pluton le bien nommé : son fidèle compagnon le sauvera d’une attaque de chiens sauvages et le retrouvera dans un trou au fond d’une carrière. Mais l’épilogue laisse présager qu’il n’en pas fini avec les ennemis de la reine : le cavalier de Compiègne sera toujours au service de Ses Majestés, avec on l’espère, la même longévité que 007.

Sylvie L.

La pyramide de glace, Jean-François Parot, Lattès, 2014. 474 p. (Les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet ; 12)

Crédit photo : Electre.

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23 avril 2014

L'homme qui avait soif de Hubert Mingarelli...

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Le 11 avril 2014 Hubert Mingarelli recevait à Saint-Brieuc le Prix Louis Guilloux pour son roman L’homme qui avait soif.

En 2003 le Prix Médicis avait couronné Quatre soldats.

Pourquoi Hisao laisse-t-il le train repartir sans lui ? Qu’est-ce qui le retient de courir alors qu’il en est encore temps ? Qu’est-ce qui l’emporte sur le désir de veiller sur la valise qui part avec le train et où il a caché un cadeau : un œuf de jade pour Shigeko sa fiancée d’Okkaïdo, qu’il ne connaît encore que par des échanges épistolaires ? Il en pleure de désespoir mais la soif qui l’obsède est plus puissante que tout autre désir: « l’eau était sa vie et son bonheur » et l’eau dont le besoin irrépressible l’a fait descendre du train arrêté en rase campagne ne coule que goutte à goutte, « sans doute un reste de rosée que la mousse avait gardée ».

Depuis qu’il a combattu dans les montagnes de Peleliu « Hisao Kikuchi ne supportait plus la soif. Son corps, son esprit, tout en lui désormais la craignait. A tout moment, elle prenait forme, elle était vivante. » « Quand j’ai soif, disait-il, je perds la tête ». C’est la soif d’une bête, comme elle il guettera jusqu’aux trous d’eau d’une route pour s’y abreuver.

Hisao retrouvera-t-il son œuf de jade ? Une quête commence : « Hisao courait, courait derrière le train, vers sa valise et le cadeau pour Shigeko. » La réussite ou non de la quête est déjà un premier centre d’intérêt.

D’autre part, une quête provoque toujours des rencontres et Hisao, lui-même si vulnérable, fera l’expérience de diverses formes de solidarité parfois très émouvantes puisque l’aide lui vient avec simplicité de personnes que la vie a profondément blessées, on le devine jusque dans les silences qui sont une des force de l’écriture de Mingarelli,

Même s’il se projette vers un avenir dont il attend l’apaisement, pas un moment Hisao, survivant du plus tragique des combats du Pacifique, ne peut déposer son fardeau : « Moi, j’ai été dans une bataille » sera sa justification. Dans la montagne de Peleliu, les soldats japonais creusaient jour et nuit, de grotte en grotte, un réseau inextricable de galeries pour se protéger des bombardements américains ; c’est dans ces boyaux obscurs qu’Hisao rencontra Takeshi : « Ce qu’ils formaient tous les deux était né dans la montagne, dans ce ventre sombre, rempli de poussière, de bruit, et sans la moindre lumière naturelle. » Takeshi, si frêle, « qui inventait des chansons avec des riens. » Où est maintenant l’âme de Takeshi ?

La guerre avait modelé Hisao : on l’a vu après le bombardement de Peleliu, se traîner sur les mains, sur les genoux puis tomber face contre terre, vaincu par la soif et le désespoir, aux pieds de l’ennemi. Mais on le verra, sa quête achevée, debout face à un jeune soldat noir américain et lui disant : « J’ai été un animal, mais j’ai changé depuis Peleliu. » Et ils n’auront pas besoin de parler la même langue pour se comprendre.

Michèle M.

 L’homme qui avait soif, Hubert Mingarelli. Stock, 2014. 154 p. (Prix Louis Guilloux 2014).

Crédit photo : Electre.


30 janvier 2014

Je suis un chat de Natsume Sôseki et Les évaporés : un roman japonais de Thomas B. Reverdy...

 Deux possibilités d’approche de la civilisation japonaise d’un siècle à l’autre en deux romans.

  • Le Japon du début du XXe siècle avec Je suis un chat de Natsume Sôseki (1867- 1916).

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Un an après la naissance de l’auteur, le Japon entrait dans l’ère du Meiji - qui « allait voir ce pays passer de l’isolement dans un système moyenâgeux à l’état de nation moderne avide de prendre place au côté des Etats occidentaux qui l’avaient forcé à s’ouvrir à eux », note le traducteur Jean Cholley dans la préface. Un décret impérial autorisait et incitait les Japonais à « chercher la science partout où elle se trouvait » et nourrir ainsi le pays de toutes les connaissances nouvelles acquises. Comblant son retard, le Japon « entrait dans le XXe siècle sensiblement à égalité avec les autres nations modernes ».

Pour compléter le contexte historique de Je suis un chat, relevons aussi l’évènement majeur de la victoire japonaise sur la Russie du 27 mai 1905 : un amiral japonais, formé en Angleterre, vainquait la flotte russe en quelques heures à Port-Arthur.

Natsume Sôseki revint de trois années d’études en Angleterre en 1903 ; il donne des cours de littérature anglaise à l’Université impériale de Tokyo.

Le succès de Je suis un chat, publié en feuilleton dans un magazine littéraire en 1905 et 1906, surprit son auteur : il n’avait aucun plan général au départ et il ne pensait nullement faire un texte aussi long au final (11 chapitres ,439 pages dans la traduction française). Il croyait répondre à la suggestion d’un ami écrivain en traitant ce sujet original en une seule fois !

« Je suis un chat. » est un objet littéraire d’un genre composite (récit, roman, observation de la vie contemporaine…) qui surprend. L’œuvre est insolite par ce choix de faire du chat le narrateur, représentant de son maître qui, dans ce récit, est aussi figure de Sôseki lui-même. L’œuvre est truffée de références à la culture japonaise ancienne et de ce début du XXe siècle ; le traducteur ne manque pas de nous éclairer par des notes en bas de page, donnant ainsi autant de pistes d’approfondissement pour qui le souhaiterait.

Voici les premières lignes : « Je suis un chat. Je n’ai pas encore de nom.

Je n’ai aucune idée du lieu où je suis né. La seule chose dont je me souvienne est que je miaulais dans un endroit sombre et humide. C’est là que pour la première fois je vis un être humain. En plus, comme je l’ai appris par la suite, il appartenait à l’espèce des étudiants à demeure, la plus féroce parmi les hommes. Il paraît que ces étudiants nous attrapent parfois, puis nous cuisent et nous mangent. Toutefois, comme je ne pensais à rien en ce temps-là, je n’étais pas particulièrement effrayé. » (…).

Le chat de ce récit s’intéresse de près aux humains de la maison du maître (famille, visiteurs), mais aussi du voisinage. Il nous fait part des évènements du quotidien, des conversations plus ou moins banales, plus ou moins intellectuelles, parfois fort décousues ou saugrenues. Il philosophe ou moralise à l’occasion ou nous communique les conclusions de son observation attentive du genre humain ! Le tout avec un humour discret mais efficient.

Au terme du récit, le chat prend congé de nous et de la vie après avoir lapé de la bière dans des verres laissés à sa portée : « …j’ai envie de chanter, de danser une gigue. J’ai envie d’envoyer au diable mon maître (…) Maintenant, j’ai envie de marcher en zigzaguant. Comme c’est amusant ! Je veux aller dire bonsoir à Mme la Lune. Quel plaisir ! »

Les passages cités témoignent du type d’humour présent dans Je suis un chat. Ce que relève Jean Cholley en conclusion de sa préface : « Il manquait à la littérature japonaise un livre d’humour véritable que la culture du bourgeois d’Edo, pourtant féconde en auteurs comiques, n’avait pu produire parce qu’elle n’allait jamais au-delà des comiques de mœurs et parce que les conditions sociales ne s’y prêtaient pas ».

Je suis un chat, Natsume Sôseki, Connaissance de l’Orient, Gallimard/Unesco – traduction française parue en 1978, nouvelle édition en 2012, 439 pages.

  •  Le Japon du début du XXIe siècle avec Les Evaporés : un roman japonais de Thomas B. Reverdy.

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Ce roman faisait partie de la sélection Goncourt 2013 et a obtenu le Grand Prix Thyde Monnier 2013 de la Société des Gens de Lettres. Pour une analyse plus précise, se reporter à Lire sur les remparts !n° 135, octobre-novembre 2013, p. 11 et 12 et p.13 pour un extrait consacré à « La cérémonie du thé ».

Relevons ici ce qui fait écho à l’apport de Je suis un chat à notre connaissance du Japon d’un début de siècle à l’autre.

Le thème central est le retour au Japon de Yukiko, installée aux Etats-Unis, en compagnie d’un ami détective privé, pour aller à la recherche de son père disparu. Cette intrigue de type roman policier est support à l’auteur pour nous conduire du côté d’une quête existentielle (celle de Yukiko, mais aussi celle du père), tout en nous faisant partager une histoire d’amour (seulement ancienne ?). Le tout permet à Thomas B. Reverdy, au fil de chapitres courts et denses, de décrire et de nous faire partager ses découvertes de diverses facettes du Japon contemporain - qu’il a pu observer à l’occasion d’une résidence d’écrivain à Tokyo. Faits d’actualité dramatiques et inscriptions persistantes des pratiques des yakusas, quartiers des travailleurs pauvres de San’ya et camps de réfugiés de Sendai suite au tsunami, site de Fukushima, gestion des conséquences des catastrophes cumulées du 11 mars 2011 (séisme, tsunami et accident nucléaire)…

Résisterez-vous au « charme mystérieux » de ce roman ?

Les évaporés : un roman japonais, Thomas B. Reverdy, Flammarion, 2013. 299p.

Michel M.

Crédit photo : Electre.

 

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18 décembre 2013

Fantôme de Jo Nesbo...

 

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“La vie est un restaurant que tu ne peux pas t’offrir. La mort, c’est l’addition pour le repas que tu n’as même pas eu le temps de prendre. » Telle est la philosophie de Gusto Hanssen, victime d’un assassinat et dont l’agonie se prolonge jusqu’à la fin du livre.

Bon retour dans l’univers d’Harry Hole, lui-même de retour au pays après trois ans d’absence. Oubliez la Norvège des gens heureux, celle du miracle économique et de la richesse après la découverte de gisements de pétrole ; bienvenue à Oslo, mais dans l’envers du décor, le petit monde des camés capables de tuer père et mère pour un peu de fioline.

Harry est revenu pour prouver l’innocence d’Oleg accusé d’avoir tué Gusto, et il ne pourra plus quitter son pays natal, malgré ses tentatives pour retourner à Hong-Kong. Comme Don Giovanni (L’œuvre de Mozart va être jouée dans le nouvel Opéra d’Oslo), il ne pourra refuser l’invitation du Commandeur, survivra-t-il comme il a survécu à l’avalanche et à l’instrument de torture dans le Léopard ? Nul besoin de nommer tout de suite notre héros, tel Œdipe (qui signifie pieds gonflés), il est reconnaissable à deux caractéristiques physiques : sa balafre et sa phalange en titane. Véritable personnage tragique, il est pris au piège, semblable à un rat. Cette métaphore animale est développée tout au long du livre, à la fois sous ses aspects négatifs (transmission de la peste, aspect grouillant) et ses aspects positifs qui l’emportent, sous la forme de la rate (présente au début et à la fin) qui ne pense qu’à nourrir ses petits, quels que soient les obstacles. L’image est utilisée par le héros lui-même : « Un rat n’est ni bon ni mauvais, il fait seulement ce qu’un rat doit faire. » ; « Tu comprends, Oleg ? je suis un rat qui se retrouve dehors et qui ne peut rentrer que par un chemin qui passe par toi. »

Dans ce monde impitoyable où la mort rôde et où les rapports humains reposent sur le pouvoir et la domination, tout est glacé, pareil à une gangue qui vous emprisonne : « Qu’était-il donc allé imaginer ? Qu’il pouvait soudain échapper à la malédiction, qu’il pouvait s’enfuir avec eux à l’autre bout du monde et vivre heureux jusqu’à la fin de leurs jours ? » La malédiction, pour Harry, c’est qu’il est policier et agit toujours en tant que tel, mais il n’y a plus de place pour la morale dans cet univers.

Ne reste plus à notre héros que la chaleur des souvenirs heureux des jours où il vivait en famille avec Rakel et Oleg et celle du sentiment qu’il éprouve toujours pour cette dernière : « Elle rit. Harry ferma les yeux et sentit le soleil le plus délicieux du monde baiser sa peau, le rire le plus délicieux du monde baiser son tympan. ». D’ailleurs l’anneau qu’il lui avait offert lui permettra de sauver Irene, l’amoureuse d’Oleg.

Le lecteur est aussi captif de cette implacable mécanique : parfaite maîtrise des deux narrations qui parfois se rejoignent et s’éclairent l’une l’autre, finesse de l’analyse psychologique des personnages, goût du détail, parfois très cru mais jamais gratuit, construction parfaite de l’intrigue. A la fin, cette interrogation lancinante : la trilogie

(comprenant précédemment Le bonhomme de neige et Le léopard auxquels ce livre fait constamment référence) deviendra-t-elle tétralogie ? Chapeau bas, Monsieur Nesbo, vous savez renouveler l’intérêt, tout en gardant la même thématique. On se prend à rêver que Martin Scorsese ne porte pas seulement à l’écran Le bonhomme de neige.

 Sylvie L.

 Fantôme, Jo Nesbo, Gallimard, 2013. 547 p.

 Crédit photo : Electre.

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16 octobre 2013

Transatlantic de Colum McCann...

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 Après avoir lu ce dernier opus de Colum McCann certains amis lecteurs de ma connaissance ont manifesté une légère déception. Et d’évoquer bien sûr le dernier gros succès de l’auteur Et que le vaste monde poursuive sa course folle, détenteur du National Book Award en 2009 et premier au palmarès du magazine Lire la même année.

Je voudrais faire partager mon enthousiasme pour Transatlantic parce que j’ai pris un grand plaisir à voir McCann réaliser ce que j’espérais : un ouvrage où l’auteur témoignerait de son fort attachement et pour son pays l’Irlande, où il est né en 1965, et pour celui où il vit, enseigne et écrit désormais depuis 1986 : les Etats-Unis.

Transatlantic me comble : c’est un roman qui recrée le lien entre ces deux pays. L’auteur jette un pont sur l’Atlantique entre l’Amérique et l’Irlande, du XIXe siècle à nos jours, mêlant histoire et fiction dans une fresque vertigineuse à la construction audacieuse (4e de couverture) qui me séduit du début à la fin.

Trois événements historiques, trois voyages de l’Amérique vers l’Irlande jalonnent le roman. Il y a d’abord l’aventure de deux aviateurs, Jack Alcock et Teddy Brown, vétérans de la Grande guerre qui, en 1919, effectuent le premier vol transatlantique entre Terre-Neuve et Dublin. En 1845 un esclave noir affranchi, Frédérick Douglass, répond à l’invitation de son éditeur pour présenter ses Mémoires. Il fait une tournée triomphale et déplace des foules enthousiastes dans une Irlande déjà affectée par la Grande famine. En 1998, le sénateur américain Georges Mitchell fait la navette entre New-York, Londres, Dublin et Belfast pour participer à l’accord de paix qui sera effectivement signé le Vendredi saint entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du nord.

Ces trois histoires d’hommes sont reliées par des destins de femmes toutes en quête d’émancipation. C’est la partie fictive du roman. A Dublin, en 1845, une jeune domestique de dix-sept ans, Lily Duggan, croise le regard de Frédérick Douglass. Ce contact décide de son avenir. Elle quitte son pays, s’embarque pour le Nouveau monde où elle refait sa vie dans le Missouri. Sur quatre générations, Lily et ses descendantes Emily, Lottie et Hannah auront une existence mêlée intimement à celles des quatre héros. Elles les rencontreront au long de leur existence et subiront de rudes épreuves, affrontant la faim, le froid et la violence des conflits. Toutes feront preuve d’une étonnante vitalité. En 2011, dans l’Irlande en crise, Hannah, l’arrière petite-fille de Lily,  qui croule sous les dettes, tente de puiser dans l’histoire de ses ancêtres la force de surmonter sa solitude et ses chagrins.

Le monde a cela d’admirable qu’il ne s’arrête pas après nous. Telle est la réflexion qui conclut ce beau roman. Colum McCann donne l’impression d’être toujours profondément attaché à sa terre natale quittée depuis si longtemps.

 Monique L.

 Transatlantic, Colum McCann, Belfond, 2013, 375 p.

 Crédit photo : Electre.

 

 

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04 septembre 2013

Le vertige de Rhombus (tome 2 de la trilogie : Les maîtres de l'orage) de Véronique David-Martin...

 

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Nous avions quitté Marwenn qui avait vaillamment surmonté les épreuves liées à la prophétie ; mais cette victoire sur les forces du Mal était amoindrie par la nouvelle de l’arrivée prochaine des Allemands sur l’île. Cette dualité - devenue omniprésente- on la retrouve dans le second tome auquel elle donne son unité.

On a d’abord deux récits qui se répondent : l’un situé en 1942, un retour en arrière par rapport à celui qui se passe en 2012 : les héros contemporains marchent sur les traces de leurs prédécesseurs, car ils sont leurs descendants ou s’intéressent aux documents que ces derniers ont laissés. Cette double narration constitue les deux faces d’une même réalité, si monstrueuse qu’elle défie l’imagination.

Ensuite chaque protagoniste n’existe que dans la relation qu’il entretient avec un ou plusieurs personnages.

Ainsi Arnaud de Tréharec a découvert le journal de Marwen si fascinant(e). Cette fille lui fait oublier sa solitude qui va être bientôt rompue par l’arrivée d’un jeune Allemand, aussi blond qu’Arnaud est brun, Siegfried surnommé Sieg. Arnaud devra unir ses forces à celles de son nouvel ami pour l’aider à découvrir la signification du rêve qui le hante : « Je rêve que je suis sur une île, sur cette île. J’en connais le nom. Pas son nom habituel, mais son nom ancien, « Enez Disrann ». J’ai été appelé sur l’île. Pas d’une façon normale, mais plutôt je m’y suis senti appelé. ». Cependant l’amour menacera de les séparer cruellement.

Arnaud, comme Marwenn, sera aidé par le cerf blanc : « Arnaud avança une main tremblante vers son museau. La bête royale se laissa toucher et ce contact emplit le jeune homme d’une énergie lumineuse. », et par l’étoile : « Cette fois il ne ressentit aucun choc mais, au contraire, un bien-être immédiat. »

On retrouve cette même structure dans le retour en arrière. Commençons par ce frère et cette sœur que leurs parents ont envoyés chez leur grand-mère, madame de Tréharec qui a autrefois perdu deux de ses enfants, des jumeaux. L’hostilité d’Anne envers James, comme un écho au conte des deux frères où l’un est maladivement jaloux de l’autre, cache en réalité un sentiment de culpabilité. Mattéo fait irruption dans leur vie : «  - Qu’est-ce que c’était, dit le Frère en haletant.

  • On a écrasé quelqu’un, balbutia Anne les yeux dilatés d’horreur. »

Il est accompagné d’un mystérieux compagnon : « Un grand oiseau blanc sortit du mur de brume qui engloutissait les talus au bord de la route et, sans un bruit, s’envola derrière la voiture. » L’adolescente entretient une correspondance avec son amie de cœur, Claire, dont elle n’a plus de nouvelles. De ce fait elle se rapprochera peu à peu de Marwenn avec qui elle vivra de terrifiantes et haletantes aventures face au mystérieux rhombus en forme de losange, une figure à quatre côtés.

L’ile enfin est double, comme l’explique Taliesin à Arnaud : « Cette île est ce que certains appellent un lieu paradoxal ou une centrale d’énergie psychique .C’est un lieu de transformation et de passage entre les dimensions dites du réel et celles, que l’on appelle à tort, de l’imaginaire. »

 Ce second tome repose sur un foisonnement de personnages que l’auteur a su intégrer avec brio et le lecteur marche sur les traces des héros confrontés à de multiples rebondissements. Comme eux, il se sent prisonnier des forces souterraines dans ce nouveau royaume du Mordor  ; mais une construction rigoureuse de la narration lui sert de fil d’ Ariane et lui livre des informations inconnues des personnages. Néanmoins son interrogation reste entière : dans le troisième tome, les héros parviendront-ils à détruire cet anti-Graal permettant à l’île de retrouver son équilibre et donc son unité, comme dans la vieille chanson : « Un, le Roi, le Bon Dieu qui régit l’infini. » ?

 Syvie L.

 Les maîtres de l’orage, 2 : Le vertige du rhombus, Véronique David-Martin, P. Galodé éditeurs, 2013. 529 p.

 Crédit photo : Electre.

 

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29 mai 2013

Quelques jours avant le festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, une lectrice de la Bibliothèque rencontrait Atiq Rahimi...

Quelques jours avant le festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, une lectrice de la Bibliothèque rencontrait l'écrivain Atiq Rahimi, Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan 2008, Prix Goncourt 2008 pour Syngué sabour, roman qu'il vient d'adapter au cinéma...

Mardi 14 Mai à Rennes :

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Rencontre avec Atiq Rahimi pour 4 lecteurs invités par Ouest-France (une libraire de Rennes, deux franco-afghans impliqués dans l’aide à l’éducation des jeunes Afghanes et moi, membre du Club-lecture de la Bibliothèque de Dinan…)

Pendant près d’1h30, échanges nombreux, fructueux, détendus avec A. Rahimi affable, disponible et souvent drôle.

Son parcours : Né en 1962 dans un milieu assez aisé, études au lycée français de Kaboul, passionné de littérature (un souvenir : les Misérables, en persan). Exil en France en 1985 en passant par le Pakistan, poursuite de ses études à la Sorbonne où il obtient un doctorat d’audio-visuel (psychologie du spectateur à la fin d’un film…). Réalise des documentaires dont « (A)fghanistan » (disponible à la Bibliothèque) avant de commencer à écrire son premier roman « Terre et cendres » (aussi à la Bibliothèque).

Situation de l’édition en Afghanistan : L’édition est libre selon la loi, mais …poids des « chefs de guerre », des traditions…Censure et autocensure encore fréquentes. Manque aussi d’une tradition de « lecture romanesque » en dépit de l’importance de la transmission orale. Cependant, peu à peu, « les débats remplacent les combats ».

Impact de ses productions : Généralement considérées comme donnant une mauvaise image de l’Afghanistan. Beaucoup refusent de s’y reconnaître mais de plus en plus certains se sentent « dédouanés » et osent, à leur tour, réaliser ou publier.

Syngué sabour, la genèse : En réaction à l’assassinat en 2005 de la poétesse Nadia A Juman par son mari alors qu’elle préparait le 1er festival littéraire d’Afghanistan auquel A.Rahimi devait participer. Très choqué, il publie une « lettre ouverte » en France et tente d’imaginer ce qu’ont pu être les pensées de son mari (en prison après sa tentative de suicide…) ; Il commence à écrire en persan mais « ça ne sonnait pas bien ». en outre, il ne pouvait utiliser la langue MATERNELLE pour parler publiquement de sexe (ce que confirme son compatriote). La fin « ouverte » : qui arrive ? est-elle morte ? les « oiseaux s’envolent, son «âme »? L’auteur (et donc le lecteur) « a tous les pouvoirs, au-delà du réalisme » . « La littérature est le monde du POSSIBLE et non le monde du REEL  »

Le style : la spécificité de ses phrases, courtes, hachées, n’est pas liée au persan ; peut être au cinéma ? …C’est « sa » manière d’écrire, elle lui vient naturellement… Même réponse pour le choix des pronoms (tu, je, il, elle...) selon les thèmes :c’est la « voix narrative », très importante pour lui.

Le cinéma : les deux films réalisés après les romans (Terre et cendres - Syngué sabour) ne sont PAS une « illustration » du livre. mais une AUTRE FORME de récit : « ce sont des langages différents ».

Le Goncourt : La parution n’était pas programmée pour la  Rentrée Littéraire « trop intimidante, trop médiatisée »… L’inscription sur la liste lui paraît être celle de « l’Afghan de service »; mais il constate un très bon accueil auprès des lycéens : « de très belles rencontres » ; il reçoit aussi (incrédule) l’encouragement personnel de… Jeanne Moreau ! A l’annonce du prix : surprise incrédulité … et bien sûr très grand plaisir, fierté … et encouragement !

 

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Bien que le temps imparti soit dépassé, Atiq Rahimi accepte de dédicacer (très joliment) l’exemplaire Syngué sabour de la Bibliothèque.

Nicole LE GRAND.

Les livres et films d'Atiq Rahimi sont disponibles à la Biblothèque de Dinan.

A lire aussi la conférence de l'écrivain : « La littérature se doit-elle d'être politique ? »(http://www.lepoint.fr/culture/etonnants-voyageurs-atiq-rahimi-a-saint-malo-les-mots-en-gage-22-05-2013-1671087_3.php)

 



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