Lire sur les remparts !

09 novembre 2017

L'ordre du jour d'Eric Vuillard... (Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan 2017 et Prix Goncourt 2017)

         

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   Mercredi 25 octobre,  Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan

   Lundi 6 novembre,  Prix Goncourt 2017

La date du 20 février 1933 n’a sans doute laissé aucune trace dans nos mémoires ; par contre des 24 grands chefs d’entreprises allemandes qui furent convoqués ce jour-là par Herman Goering et le chancelier Hitler  et qui se montrèrent des plus coopérants pour aider le financement de la campagne du parti nazi, « vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer », il nous reste des noms : Carl von Siemens, Wilhem von Opel, Gustav Krupp…  « Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radios-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre… notre quotidien est le leur… » C’est que les entreprises ne meurent pas comme les hommes et que les camps de Buchenwald, de Ravensbrück, d’Auschwitz fournirent à ces respectables industriels toute la main d’œuvre pour faire tourner leurs usines à plein régime.

Comment se met en place une dictature ? Quels sont les facteurs qui la favorisent ? Alors, un récit historique ou un roman ? Mauvaise question ; il n’y a que le regard d’un brillant romancier pour nous faire percevoir avec une telle intensité  l’ignorance criminelle, la corruption, les ignobles compromissions de ceux qui parlent « vie des affaires » ou nécessités de la diplomatie… Bien faibles protestations contre la remilitarisation de la Rhénanie ou le bombardement de Guernica. Après sa rencontre avec Goering et Hitler en novembre 1937, on reste effaré de ce commentaire de Lord Halifax: « Le nationalisme et le racisme sont des forces puissantes, mais je ne les considère ni contre nature ni immorales. »

Un passionnant regard sur le passé qui induit obligatoirement une réflexion sur l’actualité.

Michèle M.

L’ordre du jour, Eric Vuillard, Actes Sud, 2017. 150 p.

Crédit photo : Electre.

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19 juillet 2017

Ecoutez nos défaites de Laurent Gaudé...

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C'est là un roman d'une infinie beauté, un roman majestueux, à la fois sombre et envoûtant. Du Gaudé dans toute sa grandeur.

Le récit s'ouvre sur un noyau diégétique central : un homme, Assem, une femme, Mariam, que le destin amène à se rencontrer et à s'étreindre le temps d'une nuit à Zurich. Il mène des opérations de par le monde pour le renseignement français, elle est irakienne et archéologue. Le temps d'une nuit, ce qui va se sceller entre eux, c'est un pacte tacite et presque sacré, qui va les unir à tout jamais et constituer l'architecture même du roman, même s'ils ne se reverront plus. Car bien plus que du plaisir charnel, ce qu'ils vont recevoir l'un de l'autre s'apparente à une véritable offrande : il va lui réciter quelques vers qui ne la quitteront plus, elle va lui remettre la statue dérobée d'un dieu égyptien.

La narration se ramifie dès lors à partir et autour de ce couple qui n'en est pas un, et va emprunter, au travers du récit segmenté de quelques batailles historiques, les chemins de la mémoire de l'humanité. Nous sommes entraînés dans les récits virevoltants des combats menés par trois grandes figures historiques, relatés depuis leurs points de vue – bien qu'aucun « je » ne surgisse : le général Grant écrasant les confédérés, Hannibal luttant contre le pouvoir de Rome, Hailé Sélassié contre l'invasion fasciste. Le rythme se fait effréné : dans un vertigineux tournis verbal, chaque paragraphe   fait se succéder un pan de ces différentes époques. Mais peu importe que le lecteur, ainsi sans cesse temporellement déplacé, s'y retrouve ou perde un peu le fil, peu importe nos connaissances préalables des événements, peu importe au fond même le contenu de ces faits historiques, car l'essentiel est ailleurs : ce que décrit avec une grande justesse le roman, c'est le mécanisme intrinsèquement destructeur de la guerre. Et il ne s'agit pas que de la guerre en tant que combat armé : il s'agit tout autant des rêves de grandeur et de gloire qui les accompagnent, des bassesses et des compromissions, de l'obéissance servile de ceux qui ne comprennent pas les enjeux des ordres qu'ils exécutent, de la solitude finale de ces héros temporaires. L'idée martelée tout au long du récit, telle une douleur qui en devient lancinante, est que d'une guerre ne saurait naître nulle victoire. Quelle qu'en soit l'issue, le combat est échec, avilissement et barbarie. Car toute guerre est une défaite intérieure, un abaissement, un renoncement à son être profond, une faillite du moi.

C'est un roman qui sent les tripes et le sang, car rien ne nous est épargné de l'horreur des combats, des plus anciens de notre histoire jusqu'à l'exécution de Ben Laden. Dans ce condensé d'histoire de l'humanité, les strates temporelles s'interpénètrent et fusionnent pour ne plus former au fond qu'une seule et même substance visqueuse. Quelle importance qu'il s'agisse d'Hannibal ou de l'armée américaine au Moyen Orient, nous sommes tout entiers plongés et englués dans cette texture verbale qui ne cesse de scander l'action vaine car profondément destructrice et mortifère de nos peuples depuis la nuit des temps.

Si cette dimension désespérée du roman abat et accable, demeure tout de même l'idée de la possibilité d'une victoire humaine à portée de main : celle de la poésie, qui s'incarne dans le récit à la fois sous la forme des vers chuchotés par Assem au terme de sa nuit d'amour à Zurich, et sous celle de l'amour que voue Mariam aux objets qui perdurent et survivent à la destruction temporelle. En ce sens, le roman érige l'art en solution salvatrice. La thématique de la mémoire permet également de faire naître au cœur de l'intimité individuelle une source d'espérance : l'opération menée par Assem sera la dernière car il prend conscience au fil des pages que son être profond n'est pas constitué par la somme de ses actes. De même, Mariam, son double féminin, saura faire jaillir sa force de son acharnement à transmettre une mémoire. Ces deux amants d'un soir auront un destin commun : celui de dépasser l'immanence pour accéder à la transcendance. Et ce n'est pas un hasard si la rencontre centrale de ces deux êtres constitue symboliquement la fusion impossible de deux contraires : la stratégie guerrière et l'archéologie, la destruction et la conservation.

Par une langue des plus poétiques, dans ces quelques pages,  cet ouvrage nous fait ainsi approcher une vérité philosophique claire et puissante. Et il y a là un mérite de plus qu'il faut  reconnaître à son auteur : dans ces temps tourmentés où le mot « guerre » est martelé et instrumentalisé jusqu'à plus soif, mais si peu questionné, cet écrit sublime et troublant parvient à en arracher le masque pour révéler le vrai visage de ce dernier : dérisoire, cruel et terriblement vain.

« Nous avons perdu. Non pas parce que nous avons démérité, non pas à cause de nos erreurs ou de nos manques de discernement, nous n'avons été ni plus orgueilleux ni plus fous que d'autres, mais nous embrassons la défaite parce qu'il n'y a pas de victoire et les généraux médaillés, les totems que les sociétés vénèrent avec ferveur, acquiescent, ils le savent depuis toujours, ils ont été trop loin, se sont perdus trop longtemps pour qu'il y ait victoire. Ecoutez nos défaites » (p.281)

 Cécile P.

 Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé, Actes Sud, 2016. 282 p.

 Crédit photo : Electre.

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29 juin 2017

Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci...

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Ce premier roman d’un auteur né en 1977, juriste italo-belge, donne envie de le lire assis en position de méditation Zazen dans un environnement paisible et dépouillé.

Le Haïku de Kobayashi Issa choisi en  épigraphe  invite  à la sérénité :

                                                    Là

                                                    Tout simplement

                                                    Sous la neige qui tombe.

Une composition très simple en quatre parties : Washi, Origami, Zen, Ima, termes présentés comme traduction des kanji japonais. Dans chaque partie de minuscules, faut-il dire chapitres ou poèmes d’inspiration japonaise comme par exemple :

« Le jeune homme arrive par la vallée

On entend ses pas écraser les cailloux jaunes du sentier qui mène à la piscine en ruine de la demeure. »

            Comme dans le haïku, une grande concentration et un grand dépouillement.

            Respectons la composition comme on respecte les plis définitifs de l’origami :

             WASHI

            On y rencontre maître Kurogiku dont le nom signifie Chrysanthème noir, fleur sacrée symbole de « joie, rire et éternité ». Maître Kurogiku connaît les secrets de fabrication de ce précieux et incroyablement résistant papier japonais, le Washi : « papier de la paix et de l’harmonie », un art qui se transmet de génération en génération. Mais il ne vend pas toutes les feuilles obtenues ; les plus belles, il les garde et il les plie « car la véritable passion de maître Kurogusu dans la vie est - l’origami ». Ainsi dans la région ne le connaît-on que sous le nom de « Monsieur Origami ».

            C’est que maître Kurogusu ne vit pas au Japon mais en Italie, dans une vieille maison de Toscane, une ruine, sans propriétaire connu. Il a soixante ans maintenant et cela fait quarante ans qu’il a quitté le Japon n’emportant avec lui que trois pousses de koso, le murier à papier. Cette première partie se clôt sur une rencontre : dans l’univers zen de monsieur Origami pénètre Casparo un jeune italien à la recherche d’un logement.

            ORIGAMI

            « Toutes les règles sont contenues dans le mot lui-même : origami. Oru : plier. Kami : papier. » Au Japon l’origami le plus populaire est celui de la grue et il faut être au Parc de la Paix à Hiroshima pour éprouver toute l’émotion liée à la légende des mille grues : Si l’on parvient à plier mille grues, son vœu le plus cher se réalise. Sadako Sasaki avait dix-huit mois le 6 août 1945 à Hiroshima. Onze ans plus tard elle fut atteinte d’une leucémie due à l’irradiation. Elle ne put plier que 644 grues. Maintenant les écoliers japonais plient pour elle 1000 grues et les déposent sur sa statue.

            Casparo, lui aussi, a une passion c’est-à-dire « une activité dont personne ne voit l’utilité ». Il est horloger et a l’ambition de construire une montre contenant toutes les mesures du temps.

            ZEN

            Maître Kurogiku peut méditer des heures sur les plis d’un origami ; c’est aussi ce que devrait faire Casparo : entrer en méditation et tenter de « déplier la ligne du temps ». C’est peut-être « déplier la ligne du temps » que rappeler le curieux évènement qui a poussé le jeune Kurogiku à tout quitter pour l’Italie ; méditation sur l’origine, sur la vie, sur sa part d’ombre.

            IMA

            Ima signifie maintenant.

            Une belle réflexion sur les choix qu’il faut faire dans la vie ; quitter les projections vers le passé ou l’avenir et vivre le présent et le maintenant : Ima.

            Le maintenant des deux hommesest de se rendre au Japon dans le village d’Higashi Chichibu où le savoir-faire des artisans fabriquant le washi est reconnu par l’Unesco comme « patrimoine culturel immatériel de l’humanité ».

            Comment les artisans, dont le père de Kurogiku, auraient-ils pu imaginer que le washi  deviendrait une arme de guerre ! Bombarder un pays  en utilisant deux éléments naturels et inoffensifs : du papier et du vent ! Dans le cadre du projet Fugo, en 1944, le Japon a en effet  lancé contre les Etats Unis 9300 ballons faits de washi et porteurs de  bombes.

 « Washi signifie : papier de la paix et de l’harmonie…

 Toute beauté a sa part d’ombre ».

Michèle M.

Monsieur Origami, Jean-Marc Ceci, Gallimard, 2016. 157p.

Crédit photo : Electre.

                                                                                             

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20 juin 2017

La trilogie de Glasgow de Malcolm Mackay (Ecosse)...

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1. Il faut tuer Lewis Winter

2. Comment tirer sa révérence

3. Ne reste que la violence

Calum MacLean est un tueur à gages « free lance » et c'est son indépendance qu'il revendique avant tout. Quand il accepte de travailler pour un caïd, il va se retrouver pris dans un engrenage infernal dont il n'est pas sûr de s'extirper.

Le titre de chacun des trois volumes évoque la progression de l'action et la psychologie du tueur :

« Il faut tuer Lewis Winter » est un contrat qu'il exécute avec talent ; « Comment tirer sa révérence » est une prise de décision à la suite d'opérations qui ont mal tourné et « Ne reste que la violence » ne peut être que la conclusion funeste de ce monde du crime.

Malcolm Mackay nous plonge dans l'univers impitoyable de la mafia sur qui il porte un regard aigu jamais complaisant ; son ton est grinçant, cynique, les émotions sont bannies. On éprouve, néanmoins, une certaine compassion pour Calum !

Claudine R.

La trilogie de Glasgow, Malcolm Mackay (Ecosse),  Le Livre de Poche, 2014-2015. 308 p., 330 p. et 372 p.

Crédit photo : Electre.

 

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09 juin 2017

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo... (Prix du Livre Inter 2017)

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Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard 2016, 418 p. (Sélection Prix Goncourt 2016Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point 2016 ; Prix du Livre Inter 2017)

                                   Au milieu de la « sélection Goncourt », Del Amo avec Règne animal répondait parfaitement aux aspirations des frères Goncourt : les romanciers qui sont « les raconteurs du présent » doivent suivre la méthode des historiens qui sont « les raconteurs du passé ».

Du début du XXème siècle jusqu’aux années 1980, dans une ferme du Gers, nous suivons l’histoire de cinq générations d’agriculteurs qui traversent les bouleversements historiques et économiques du siècle. Le récit s’organise autour de deux périodes : la première, au début du XXème, relate le quotidien de la famille qui élève des cochons ; dans la seconde, autour de 1980, nous sommes passés à l’élevage industriel et intensif et le fonctionnement de la porcherie exige des hommes une surveillance permanente.

            Le romancier fait preuve d’une remarquable puissance d’évocation pour rendre compte des paysages et de la nature. Une phrase ample, précise, crée l’atmosphère, qu’il évoque la tombée de la nuit ou le lever du jour. Toutes les sensations minutieusement décrites à chaque instant suggèrent l’univers dans lequel vivent les personnages. A force de détails et de descriptions hallucinées, il fait en sorte que nous partagions aussi leur vie quotidienne : on s’enfonce dans la boue des chemins, on ressent le poids des vêtements humides et crottés, on vit dans cette pièce unique mal éclairée avec ses recoins d’ombre et ses odeurs de soupe qui mijote dans le chaudron. Rien ne nous est épargné pour nous faire partager les terribles conditions de vie de cette famille qui ne connaît jamais un instant de bonheur. La matière est sale et grouillante quand les truies mettent bas ou quand le père atteint de tuberculose meurt étouffé par ses crachats ; son cadavre commence à sentir, le fossoyeur en creusant la tombe ramène des fragments d’os….

Les êtres ne peuvent échapper à la fatalité de leur milieu : la mère se noie dans le puits, le cousin Marcel, mobilisé en aout 14, rentre handicapé et défiguré par ses blessures. Eléonore, la fille unique, se marie avec lui – pourrait-il en être autrement. Ils ont un fils – Henri – et le couple envisage des améliorations et un meilleur rendement. La première partie s’achève sur une note plus optimiste.

            En 1980, Henri, devenu le patriarche, et ses deux fils – Serge et Joël –  dirigent l’exploitation. Il faut supporter l’atmosphère empuantie de la porcherie, les grognements des bêtes parquées dans un espace trop petit. Chaque jour il faut évacuer les excréments, surveiller les truies qui mettent bas, éliminer les porcelets trop faibles qui nuisent à la productivité. On augmente le nombre des portées, on administre régulièrement antibiotiques et médicaments, on tient à jour un registre pour anticiper une baisse des rendements. Comme dans Germinal, le Voreux –  le puits de mine – dévorait les hommes, de même, dans Règne animal la porcherie broie les individus et leur ôte toute part d’humanité.

            Del Amo met toute son énergie à dénoncer la misère des hommes dans une France majoritairement rurale au début du XXème siècle. Mais à la fin de ce siècle, dominés par ce qu’on appelle « le progrès », les hommes vivent un nouvel esclavage. Les hommes eux-mêmes sont devenus des animaux ! Certes les âmes sensibles peuvent être rebutées par la crudité des situations, mais quelle force dans ce récit qui vient nous rappeler à point nommé aussi les difficultés actuelles des éleveurs ! Quelle puissance dans ce style qui atteint parfois aux dimensions de l’épopée ! On peut regretter que cette œuvre n’ait pas été récompensée par le Prix Goncourt alors qu’elle est la seule, parmi les seize romans sélectionnés, à répondre aux critères naturalistes fixés par les initiateurs du prix.

Elisabeth L.

Crédit photo : Electre.

 


31 mai 2017

Give peace a chance : Londres 1963-75 de Marcelino Truong...

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Marcelino Truong né en 1958, d’un père vietnamien et d’une mère française, passe son enfance à Saïgon, qu’il quitte en 1964, sous la menace de la guerre.

Diplômé de Sciences-Po Paris et agrégé d’anglais, il quitte l’enseignement pour « la vie d’artiste » en 1983. Les ambiances et les décors orientaux sont des sources très inspirantes pour lui : il est l’auteur de nombreuses couvertures de livres sur le Vietnam et de plusieurs romans.

En 2012 il publie un « roman auto-bio-graphique » :  Une si jolie petite guerre (qu’il viendra présenter à la Bibliothèque de Dinan). Give peace a chance  en est la suite et raconte l’exil de la famille vers Londres puis Saint-Malo (où résident les grands parents maternels).

Pourquoi retenir ce livre ?

Pour la qualité et la maitrise de la forme narrative : comme pour l’ouvrage précédent, il s’agit d’un B.D. « classique » dans la présentation du récit et l’organisation des planches, dans un style graphique proche du « réalisme poétique ». En couleurs lumineuses pour l’histoire de sa famille et du héros, proche du « roman d’apprentissage » : la vie quotidienne, la scolarisation, l’intégration culturelle et ses rituels, à Londres, puis à Saint-Malo (au lycée Jacques Cartier), les années hippies (qu’évoque le titre… et qui réveillent nos propres souvenirs ...), les rencontres… (analysées avec acuité et humour), la préparation des examens, alors que s’intensifie la guerre. Les parcours de son frère, ses sœurs, ses parents, sont plus brièvement évoqués mais pointent le degré plus ou moins facile, d’intégration. (A noter le fulgurant rêve de la mère, qui ouvre le récit…).

En parallèle, mais en noir et blanc, s’intercale l’évolution de la guerre au Vietnam (où résident toujours les grands-parents paternels). Marcelino Truong fait preuve ici d’une grande maitrise dans l’analyse des réactions très différentes de la guerre (ses causes, ses combats, ses objectifs) par les Européens et par les Vietnamiens... du Nord ou… du Sud.

En dépit des difficultés, des décès (très pudiquement évoqués), l’ouvrage se termine sur une note apaisée, sur la plage de Saint-Malo : « Qu’est ce qu’on est heureux tout de même … »

            L’histoire d’une intégration réussie ?

 Nicole L.

Give peace a chance : Londres 1963-75 ” Marcelino Truong, Denoël Graphic, 2015. 272 p.

Crédit photo : Electre.

 

10 mai 2017

Sans même un adieu de Robert Goddard...

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Robert Goddard est un romancier anglais auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Ce livre est le ou l’un de ses derniers livres traduit en français.

Les lecteurs, qui comme moi avaient apprécié l’un de ses précédents livres : Heather Mallender a disparu découvert en septembre au Club-lecture et aimé…, seront tout aussi captivés par ce roman.

Robert Goddard a un style plaisant, une mécanique des histoires à suspense bien efficace ; il connaît les procédés pour relancer notre attention et notre intérêt.

Le livre se concentre sur un architecte qui apprend par la presse l’arrestation pour meurtre d’une femme qu’il a aimé une dizaine d’années auparavant (en 1911) au moment où il construisait la maison de cette femme, une belle et jeune brésilienne malheureuse dans un mariage de convenance et de son riche époux Victor Caswell.

Il ne peut admettre la culpabilité de la femme qu’il a aimé, la belle Consuela, et animé d’un sentiment de culpabilité pour l’avoir trahie, il entreprend d’aider à prouver son innocence ; tout cela sans qu’elle le sache vraiment car elle a refusé de recevoir sa visite en prison.

Très vite on se laisse entrainer, captivé par cette recherche ; on plonge dans des intrigues familiales ; on croise de nombreux personnages dont on devine qu’ils cachent de sombres secrets.

L’architecte Geoffrey Staddon se retrouve bien seul dans cette recherche de la vérité où il ne peut compter sur presque personne et, la route pour tenter de disculper la femme aimée, est une suite terrible de rebondissements.

Grande réussite, aussi de ce roman : il faut vraiment attendre la fin du roman pour tout comprendre. Bien malin sera le lecteur qui aura deviné le dénouement.

Catherine C.

Sans même un adieu, Robert Goddard, Sonatine éditions, 2016. 659 p.

Crédit photo : Electre.

                                                                                       

02 mai 2017

Anatolia rhapsody de Kenan Görgün...

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En prolongement de la dernière session de notre Club-lecture consacré à l’exil et à l’immigration en littérature, le roman de Kenan Görgün intitulé Anatolia rhapsody (éditions Vents d’Ailleurs, 2014), mérite nettement d’être signalé à votre attention. Je n’en avais pas fini la lecture lors de notre séance du 5 avril.

Né en 1977, de nationalité Belgo-Turque, Kenan Görgün a abandonné ses études à 17 ans pour se consacrer à l’écriture. Des cinq romans publiés entre 2005 et 2012, il passe ici à une œuvre-récit,  une sorte de quête du fondement de son identité entre deux cultures, celle de sa naissance en Belgique où son père a répondu à la proposition de divers pays d’Europe de venir comme « Travailleurs invités » dans les années 1960 et celle de la Turquie, celle de l’Anatolie.

L’immigration depuis la Turquie, plus précisément de cette région rurale de petits villages est présentée en détail, avec finesse et humanité, y compris dans la traversée clandestine de plusieurs frontières.

Kenan Görgün aborde toutes les questions liées au fait de l’immigration dans un texte à la qualité littéraire remarquable nourrie de sa passion pour la langue française : combats de l’immigration, rapport à l’autre et à la communauté (celle d’origine, celle d’intégration dans le quartier de vie quotidienne), la sexualité, le mariage dans leurs références culturelles doubles, la tradition et la modernité. Ce faisant, il rend hommage aux aînés et au passé, mais il nous entraîne aussi dans une exploration de ce présent métissé qui est le nôtre, avec émotion et humour.

Il prend la décision de retourner vivre à Istanbul pour y poursuivre sa recherche de réponses à sa quête identitaire. Par hasard, ceci a lieu peu de temps avant l’explosion du mouvement de contestation totalement inédit en Turquie moderne.

Kenan Görgün souligne que si le Monde est devenu un village, les villages eux ont disparu. Ce qui rejoint l’analyse de Taiye Selasi qui, dans un essai de 2005 What is an Afropolitain ? , développait ce concept nouveau pour définir- en s’appuyant sur son cas personnel- l’identité particulière  de « celui qui ne se sent ni vraiment britannique, ni américain, ni totalement africain, étant marqué par la culture urbaine et les métropoles occidentales ». Ce qu’elle a illustré finement dans son roman paru en 2013 Le ravissement des innocents. Voir la présentation dans le bulletin Lire sur les remparts ! du mois d’avril 2017.

Il n’y aurait pas immigration que de pays à pays, mais aussi et souvent en même temps du mode village rythmé par la nature au mode urbain qui impose sa culture envahissante, sachant que les villes attirent très majoritairement les populations au détriment des villages dans le monde entier dans des proportions sans cesse croissantes.

Michel M.

Anatolia rhapsody, Kenan Görgün, Vents d’ailleurs, 2014. 155 p.

Crédit photo Electre.

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25 avril 2017

Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi...

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Ce récit autobiographique du chanteur et parolier du groupe Zebda se déroule sur l'année du bac de l'auteur (le premier bachelier de la cité des quartiers nord de Toulouse). Avec verve ou avec émotion, dans une langue assez crue, l'auteur nous raconte les luttes au quotidien de trois amis qui chacun dans leur domaine tentent d'échapper au lot commun des jeunes de ces cités : Samir, le militant, Momo le tchatcheur apprenti comédien et Madgyd le poète futur musicien, tous trois en quête de reconnaissance mais qui ne renoncent pas à un certain rôle social dans la cité : soutien scolaire aux jeunes décrocheurs, soutien moral aux filles brimées et malmenées lorsqu'elles tentent de s'émanciper un peu de la tutelle familiale. Tentation parfois aussi de la violence : « péter la gueule à ces veinards qui nous bouchent l'horizon… putain de blancs, putains de blonds, toujours à nous barrer la route… » Violence qui est aussi leur lot quotidien quand ils doivent affronter les sarcasmes et les coups des autres jeunes de la cité. Ma part de gaulois est un récit attachant  qui nous plonge au coeur de la vie d'une cité avec ses mères excessives, ses filles qui doivent lutter sans cesse pour une parcelle de liberté, ses jeunes qui ne connaissent d'autre langage que la violence et ceux qui tentent de se construire une autre identité en assumant leur part de Gaulois.

Yvette D.

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud, 2016. 258 p. (Prix d'une vie Le Parisien Magazine 2016, prix des Députés 2017). 

Crédit photo : Electre.                                                                             

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18 avril 2017

Continuer de Laurent Mauvignier...

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Continuer de Mauvignier a partagé les lecteurs du Club-lecture de la bibliothèque. L’aventure relatée dans ce récit s’avèrerait trop peu crédible pour certains ; pourquoi Sibylle emmenait-elle son fils Samuel, adolescent en rupture avec la société, chevaucher les montagnes si lointaines du Kirghizistan ? Les dernières pages, si elliptiques, étaient-elles pertinentes ?... Néanmoins, ce roman m’a émue jusqu’aux larmes. Cette femme, finalement tout autant déchirée que son fils, m’a emmenée avec eux à la reconquête de sa propre histoire, d’une vie accidentée, de son amour pour son enfant à qui elle tentera de redonner du sens, des valeurs, au plus près de la nature, loin d’une société de consommation superficielle. L’écriture de Mauvignier nous fait ainsi pénétrer ses personnages, avec pudeur et dignité, illuminant, à sa façon, une sélection Goncourt 2016 bien sombre.

Marlène L.

 

 

Continuer, Laurent Mauvignier, Editions de Minuit, 2016. 238 p.

Crédit photo : Electre.                                                                                            

 

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