Lire sur les remparts !

20 juin 2017

La trilogie de Glasgow de Malcolm Mackay (Ecosse)...

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1. Il faut tuer Lewis Winter

2. Comment tirer sa révérence

3. Ne reste que la violence

Calum MacLean est un tueur à gages « free lance » et c'est son indépendance qu'il revendique avant tout. Quand il accepte de travailler pour un caïd, il va se retrouver pris dans un engrenage infernal dont il n'est pas sûr de s'extirper.

Le titre de chacun des trois volumes évoque la progression de l'action et la psychologie du tueur :

« Il faut tuer Lewis Winter » est un contrat qu'il exécute avec talent ; « Comment tirer sa révérence » est une prise de décision à la suite d'opérations qui ont mal tourné et « Ne reste que la violence » ne peut être que la conclusion funeste de ce monde du crime.

Malcolm Mackay nous plonge dans l'univers impitoyable de la mafia sur qui il porte un regard aigu jamais complaisant ; son ton est grinçant, cynique, les émotions sont bannies. On éprouve, néanmoins, une certaine compassion pour Calum !

Claudine R.

La trilogie de Glasgow, Malcolm Mackay (Ecosse),  Le Livre de Poche, 2014-2015. 308 p., 330 p. et 372 p.

Crédit photo : Electre.

 

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09 juin 2017

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo... (Prix du Livre Inter 2017)

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Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard 2016, 418 p. (Sélection Prix Goncourt 2016Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point 2016 ; Prix du Livre Inter 2017)

                                   Au milieu de la « sélection Goncourt », Del Amo avec Règne animal répondait parfaitement aux aspirations des frères Goncourt : les romanciers qui sont « les raconteurs du présent » doivent suivre la méthode des historiens qui sont « les raconteurs du passé ».

Du début du XXème siècle jusqu’aux années 1980, dans une ferme du Gers, nous suivons l’histoire de cinq générations d’agriculteurs qui traversent les bouleversements historiques et économiques du siècle. Le récit s’organise autour de deux périodes : la première, au début du XXème, relate le quotidien de la famille qui élève des cochons ; dans la seconde, autour de 1980, nous sommes passés à l’élevage industriel et intensif et le fonctionnement de la porcherie exige des hommes une surveillance permanente.

            Le romancier fait preuve d’une remarquable puissance d’évocation pour rendre compte des paysages et de la nature. Une phrase ample, précise, crée l’atmosphère, qu’il évoque la tombée de la nuit ou le lever du jour. Toutes les sensations minutieusement décrites à chaque instant suggèrent l’univers dans lequel vivent les personnages. A force de détails et de descriptions hallucinées, il fait en sorte que nous partagions aussi leur vie quotidienne : on s’enfonce dans la boue des chemins, on ressent le poids des vêtements humides et crottés, on vit dans cette pièce unique mal éclairée avec ses recoins d’ombre et ses odeurs de soupe qui mijote dans le chaudron. Rien ne nous est épargné pour nous faire partager les terribles conditions de vie de cette famille qui ne connaît jamais un instant de bonheur. La matière est sale et grouillante quand les truies mettent bas ou quand le père atteint de tuberculose meurt étouffé par ses crachats ; son cadavre commence à sentir, le fossoyeur en creusant la tombe ramène des fragments d’os….

Les êtres ne peuvent échapper à la fatalité de leur milieu : la mère se noie dans le puits, le cousin Marcel, mobilisé en aout 14, rentre handicapé et défiguré par ses blessures. Eléonore, la fille unique, se marie avec lui – pourrait-il en être autrement. Ils ont un fils – Henri – et le couple envisage des améliorations et un meilleur rendement. La première partie s’achève sur une note plus optimiste.

            En 1980, Henri, devenu le patriarche, et ses deux fils – Serge et Joël –  dirigent l’exploitation. Il faut supporter l’atmosphère empuantie de la porcherie, les grognements des bêtes parquées dans un espace trop petit. Chaque jour il faut évacuer les excréments, surveiller les truies qui mettent bas, éliminer les porcelets trop faibles qui nuisent à la productivité. On augmente le nombre des portées, on administre régulièrement antibiotiques et médicaments, on tient à jour un registre pour anticiper une baisse des rendements. Comme dans Germinal, le Voreux –  le puits de mine – dévorait les hommes, de même, dans Règne animal la porcherie broie les individus et leur ôte toute part d’humanité.

            Del Amo met toute son énergie à dénoncer la misère des hommes dans une France majoritairement rurale au début du XXème siècle. Mais à la fin de ce siècle, dominés par ce qu’on appelle « le progrès », les hommes vivent un nouvel esclavage. Les hommes eux-mêmes sont devenus des animaux ! Certes les âmes sensibles peuvent être rebutées par la crudité des situations, mais quelle force dans ce récit qui vient nous rappeler à point nommé aussi les difficultés actuelles des éleveurs ! Quelle puissance dans ce style qui atteint parfois aux dimensions de l’épopée ! On peut regretter que cette œuvre n’ait pas été récompensée par le Prix Goncourt alors qu’elle est la seule, parmi les seize romans sélectionnés, à répondre aux critères naturalistes fixés par les initiateurs du prix.

Elisabeth L.

Crédit photo : Electre.

 

31 mai 2017

Give peace a chance : Londres 1963-75 de Marcelino Truong...

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Marcelino Truong né en 1958, d’un père vietnamien et d’une mère française, passe son enfance à Saïgon, qu’il quitte en 1964, sous la menace de la guerre.

Diplômé de Sciences-Po Paris et agrégé d’anglais, il quitte l’enseignement pour « la vie d’artiste » en 1983. Les ambiances et les décors orientaux sont des sources très inspirantes pour lui : il est l’auteur de nombreuses couvertures de livres sur le Vietnam et de plusieurs romans.

En 2012 il publie un « roman auto-bio-graphique » :  Une si jolie petite guerre (qu’il viendra présenter à la Bibliothèque de Dinan). Give peace a chance  en est la suite et raconte l’exil de la famille vers Londres puis Saint-Malo (où résident les grands parents maternels).

Pourquoi retenir ce livre ?

Pour la qualité et la maitrise de la forme narrative : comme pour l’ouvrage précédent, il s’agit d’un B.D. « classique » dans la présentation du récit et l’organisation des planches, dans un style graphique proche du « réalisme poétique ». En couleurs lumineuses pour l’histoire de sa famille et du héros, proche du « roman d’apprentissage » : la vie quotidienne, la scolarisation, l’intégration culturelle et ses rituels, à Londres, puis à Saint-Malo (au lycée Jacques Cartier), les années hippies (qu’évoque le titre… et qui réveillent nos propres souvenirs ...), les rencontres… (analysées avec acuité et humour), la préparation des examens, alors que s’intensifie la guerre. Les parcours de son frère, ses sœurs, ses parents, sont plus brièvement évoqués mais pointent le degré plus ou moins facile, d’intégration. (A noter le fulgurant rêve de la mère, qui ouvre le récit…).

En parallèle, mais en noir et blanc, s’intercale l’évolution de la guerre au Vietnam (où résident toujours les grands-parents paternels). Marcelino Truong fait preuve ici d’une grande maitrise dans l’analyse des réactions très différentes de la guerre (ses causes, ses combats, ses objectifs) par les Européens et par les Vietnamiens... du Nord ou… du Sud.

En dépit des difficultés, des décès (très pudiquement évoqués), l’ouvrage se termine sur une note apaisée, sur la plage de Saint-Malo : « Qu’est ce qu’on est heureux tout de même … »

            L’histoire d’une intégration réussie ?

 Nicole L.

Give peace a chance : Londres 1963-75 ” Marcelino Truong, Denoël Graphic, 2015. 272 p.

Crédit photo : Electre.

 

10 mai 2017

Sans même un adieu de Robert Goddard...

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Robert Goddard est un romancier anglais auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Ce livre est le ou l’un de ses derniers livres traduit en français.

Les lecteurs, qui comme moi avaient apprécié l’un de ses précédents livres : Heather Mallender a disparu découvert en septembre au Club-lecture et aimé…, seront tout aussi captivés par ce roman.

Robert Goddard a un style plaisant, une mécanique des histoires à suspense bien efficace ; il connaît les procédés pour relancer notre attention et notre intérêt.

Le livre se concentre sur un architecte qui apprend par la presse l’arrestation pour meurtre d’une femme qu’il a aimé une dizaine d’années auparavant (en 1911) au moment où il construisait la maison de cette femme, une belle et jeune brésilienne malheureuse dans un mariage de convenance et de son riche époux Victor Caswell.

Il ne peut admettre la culpabilité de la femme qu’il a aimé, la belle Consuela, et animé d’un sentiment de culpabilité pour l’avoir trahie, il entreprend d’aider à prouver son innocence ; tout cela sans qu’elle le sache vraiment car elle a refusé de recevoir sa visite en prison.

Très vite on se laisse entrainer, captivé par cette recherche ; on plonge dans des intrigues familiales ; on croise de nombreux personnages dont on devine qu’ils cachent de sombres secrets.

L’architecte Geoffrey Staddon se retrouve bien seul dans cette recherche de la vérité où il ne peut compter sur presque personne et, la route pour tenter de disculper la femme aimée, est une suite terrible de rebondissements.

Grande réussite, aussi de ce roman : il faut vraiment attendre la fin du roman pour tout comprendre. Bien malin sera le lecteur qui aura deviné le dénouement.

Catherine C.

Sans même un adieu, Robert Goddard, Sonatine éditions, 2016. 659 p.

Crédit photo : Electre.

                                                                                       

02 mai 2017

Anatolia rhapsody de Kenan Görgün...

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En prolongement de la dernière session de notre Club-lecture consacré à l’exil et à l’immigration en littérature, le roman de Kenan Görgün intitulé Anatolia rhapsody (éditions Vents d’Ailleurs, 2014), mérite nettement d’être signalé à votre attention. Je n’en avais pas fini la lecture lors de notre séance du 5 avril.

Né en 1977, de nationalité Belgo-Turque, Kenan Görgün a abandonné ses études à 17 ans pour se consacrer à l’écriture. Des cinq romans publiés entre 2005 et 2012, il passe ici à une œuvre-récit,  une sorte de quête du fondement de son identité entre deux cultures, celle de sa naissance en Belgique où son père a répondu à la proposition de divers pays d’Europe de venir comme « Travailleurs invités » dans les années 1960 et celle de la Turquie, celle de l’Anatolie.

L’immigration depuis la Turquie, plus précisément de cette région rurale de petits villages est présentée en détail, avec finesse et humanité, y compris dans la traversée clandestine de plusieurs frontières.

Kenan Görgün aborde toutes les questions liées au fait de l’immigration dans un texte à la qualité littéraire remarquable nourrie de sa passion pour la langue française : combats de l’immigration, rapport à l’autre et à la communauté (celle d’origine, celle d’intégration dans le quartier de vie quotidienne), la sexualité, le mariage dans leurs références culturelles doubles, la tradition et la modernité. Ce faisant, il rend hommage aux aînés et au passé, mais il nous entraîne aussi dans une exploration de ce présent métissé qui est le nôtre, avec émotion et humour.

Il prend la décision de retourner vivre à Istanbul pour y poursuivre sa recherche de réponses à sa quête identitaire. Par hasard, ceci a lieu peu de temps avant l’explosion du mouvement de contestation totalement inédit en Turquie moderne.

Kenan Görgün souligne que si le Monde est devenu un village, les villages eux ont disparu. Ce qui rejoint l’analyse de Taiye Selasi qui, dans un essai de 2005 What is an Afropolitain ? , développait ce concept nouveau pour définir- en s’appuyant sur son cas personnel- l’identité particulière  de « celui qui ne se sent ni vraiment britannique, ni américain, ni totalement africain, étant marqué par la culture urbaine et les métropoles occidentales ». Ce qu’elle a illustré finement dans son roman paru en 2013 Le ravissement des innocents. Voir la présentation dans le bulletin Lire sur les remparts ! du mois d’avril 2017.

Il n’y aurait pas immigration que de pays à pays, mais aussi et souvent en même temps du mode village rythmé par la nature au mode urbain qui impose sa culture envahissante, sachant que les villes attirent très majoritairement les populations au détriment des villages dans le monde entier dans des proportions sans cesse croissantes.

Michel M.

Anatolia rhapsody, Kenan Görgün, Vents d’ailleurs, 2014. 155 p.

Crédit photo Electre.

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25 avril 2017

Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi...

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Ce récit autobiographique du chanteur et parolier du groupe Zebda se déroule sur l'année du bac de l'auteur (le premier bachelier de la cité des quartiers nord de Toulouse). Avec verve ou avec émotion, dans une langue assez crue, l'auteur nous raconte les luttes au quotidien de trois amis qui chacun dans leur domaine tentent d'échapper au lot commun des jeunes de ces cités : Samir, le militant, Momo le tchatcheur apprenti comédien et Madgyd le poète futur musicien, tous trois en quête de reconnaissance mais qui ne renoncent pas à un certain rôle social dans la cité : soutien scolaire aux jeunes décrocheurs, soutien moral aux filles brimées et malmenées lorsqu'elles tentent de s'émanciper un peu de la tutelle familiale. Tentation parfois aussi de la violence : « péter la gueule à ces veinards qui nous bouchent l'horizon… putain de blancs, putains de blonds, toujours à nous barrer la route… » Violence qui est aussi leur lot quotidien quand ils doivent affronter les sarcasmes et les coups des autres jeunes de la cité. Ma part de gaulois est un récit attachant  qui nous plonge au coeur de la vie d'une cité avec ses mères excessives, ses filles qui doivent lutter sans cesse pour une parcelle de liberté, ses jeunes qui ne connaissent d'autre langage que la violence et ceux qui tentent de se construire une autre identité en assumant leur part de Gaulois.

Yvette D.

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud, 2016. 258 p. (Prix d'une vie Le Parisien Magazine 2016, prix des Députés 2017). 

Crédit photo : Electre.                                                                             

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18 avril 2017

Continuer de Laurent Mauvignier...

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Continuer de Mauvignier a partagé les lecteurs du Club-lecture de la bibliothèque. L’aventure relatée dans ce récit s’avèrerait trop peu crédible pour certains ; pourquoi Sibylle emmenait-elle son fils Samuel, adolescent en rupture avec la société, chevaucher les montagnes si lointaines du Kirghizistan ? Les dernières pages, si elliptiques, étaient-elles pertinentes ?... Néanmoins, ce roman m’a émue jusqu’aux larmes. Cette femme, finalement tout autant déchirée que son fils, m’a emmenée avec eux à la reconquête de sa propre histoire, d’une vie accidentée, de son amour pour son enfant à qui elle tentera de redonner du sens, des valeurs, au plus près de la nature, loin d’une société de consommation superficielle. L’écriture de Mauvignier nous fait ainsi pénétrer ses personnages, avec pudeur et dignité, illuminant, à sa façon, une sélection Goncourt 2016 bien sombre.

Marlène L.

 

 

Continuer, Laurent Mauvignier, Editions de Minuit, 2016. 238 p.

Crédit photo : Electre.                                                                                            

 

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11 avril 2017

Laëtitia ou la fin des hommes d'Ivan Jablonka...

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En Janvier 2011 un fait divers sordide a occupé les médias pendant plusieurs semaines ; Laëtitia, jeune fille de 18 ans a été enlevée puis son corps retrouvé, démembré. C'est une onde de choc qui parcourt le pays ; les politiques s'en mêlent, la justice est incriminée ;  il est question de durcir la législation pour les récidivistes.

Ivan Jablonka choisit d'écrire sur ce fait divers qu'il « aborde sous l'angle de deux faits sociaux : la vulnérabilité des enfants et les violences subies par les femmes ». Il entreprend une longue enquête, au jour le jour alternant d'un chapitre à l'autre données techniques et retour sur la vie de Laëtitia ; c'est la vie de Laëtitia qui est le centre de son livre « Je ne me suis pas tant intéressé à la "victime" (...) qu'à la disparue, celle qui est absente (...) rappelant que Laëtitia a été un bébé, une fillette, une adolescente, une jeune fille sur la voie de l'émancipation ». Son livre est fort, sobre et bouleversant.

« J'ai écrit comme un chercheur et comme un écrivain mais aussi comme le père de 3 filles, comme un citoyen soucieux de notre société ».

 Ivan Jablonka est historien. Il a obtenu le 4ème prix littéraire du Monde et le Prix Médicis pour ce roman.

Claudine R.

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, Seuil, 2016. 383 p. (Prix Transfuge du meilleur essai 2016, Prix littéraire du Monde 2016, Prix Médicis 2016).

Crédit photo : Electre.

04 avril 2017

Au commencement du septième jour de Luc Lang...

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Je ne connaissais pas cet auteur, aujourd’hui âgé de 60 ans. J’ai appris qu’il avait publié son premier roman Voyage sur la ligne d’horizon en 1988 et obtenu le Prix Goncourt des lycéens pour Mille six cent ventres en 1998. Il enseigne l’esthétique dans une école d’art parisienne et a mis plus de 4 ans à écrire ce livre.

            Celui-ci s’ouvre sur un accident. Thomas reçoit un appel à 4 heures du matin, sa femme Camille, brillante femme d’affaires a été victime d’une violente sortie de route sur une départementale et a été transférée au CHU de Rouen. Elle est dans le coma. Thomas veut comprendre, rationnellement, lui dont le métier est de développer des logiciels de traçabilité des individus. Commence donc une enquête où le lecteur vit avec le personnage en temps réel. On est embarqué par le rythme, la pulsation des phrases : présent de narration, dialogues sans guillemets. On a l’impression d’épouser sa respiration.

            L’énigme ne sera pas résolue. On ne saura pas de quoi Camille est morte ni ce qu’elle faisait sur cette route. Mais ce drame intime sera un tournant dans l’existence de Thomas. Il le renvoie à la mort de son père et l’enquête va se transformer en quête d’identité. Il part retrouver son frère Jean dans la maison familiale des Pyrénées où il élève des brebis, puis sa sœur Pauline, médecin humanitaire au Cameroun.

            Trois mouvements donc, trois voix structurent le livre, accentuent son caractère musical. Mais ce qui est fascinant, c’est l’importance de la nature, de l’environnement, du paysage. « Je suis parti d’une géographie en trois axes », explique l’auteur, « la vallée de la Seine entre Paris et Le Havre, Les Pyrénées, L’Afrique noire. Cela s’est imposé d’emblée, intuitivement, sans personnages ».

Thomas après avoir été éjecté de son entreprise, part à la conquête de soi, de son passé. Il y découvrira des secrets de famille mais aussi des plaies de notre société : la dureté du monde du travail avec les excès du libéralisme, la corruption en Afrique, la montée de l’islamisme avec Boko Haram, le drame des migrants.

            Derrière le parcours singuliers des individus, Thomas saisit un état du monde.

Le livre peut donc se lire comme une parabole pour notre temps. Thomas, après s’être dépassé physiquement (voir l’exergue : « la chair n’est qu’un mémento mais elle dit la vérité » et la référence à Cormac McCarthy qu’il admire) trouvera une certaine paix dans la pleine conscience du monde et l’attention aux autres.

            La référence trinitaire de la composition, les prénoms choisis (Jean, Thomas qui ne croit que ce qu’il voit) et surtout le titre biblique confortent cette idée d’une sorte de rédemption. Thomas, mais aussi Camille, Jean, Pauline peuvent enfin se reposer. L’intérêt de ce livre, malgré quelques longueurs est qu’on peut le lire comme un thriller mais surtout, qu’au-delà des personnages romanesques, on apprécie la puissance du style, les descriptions des paysages et des sensations, la musicalité nerveuse de l’écriture.

 Maryvonne D.

Au commencement du septième jour, Luc Lang, Stock, 2016. 537 p. (Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan 2016)

Crédit photo : Electre.

                                                                                                

28 mars 2017

Toutes les vagues de l'océan de Víctor del Árbol...

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Né en 1968 à Barcelone, Víctor del Árbol a été policier après des études d’histoire. Il se consacre maintenant à l’écriture de romans, romans noirs et denses.

Ce livre est construit comme un millefeuille d’allers-retours entre les années 1930 et 2001-2002, mais aussi comme un puzzle. L’histoire est celle d’une famille : le premier personnage, un petit garçon qu’on assassine, puis sa mère policière détruite par cette mort, l’oncle Gonzalo, avocat plus ou moins raté et, le héros du roman, le Grand-père Elias Gil avec qui nous allons pénétrer dans l’URSS des années 30.

Jeune étudiant architecte communiste espagnol, titulaire d’une bourse Lénine, Elias se trouve avec trois autres jeunes idéalistes et des milliers de « droits communs » sur l’ile de Nazino (l’île des cannibales) sans vivres et sans abri. Il faut imaginer dès lors la survie dans cette jungle où sévit la loi du plus fort, où les caïds se fournissent en chair fraîche. Elias parviendra à fuir, et sa fuite réussit parce qu’il en paiera le coût… et quel coût ! Il n’aura pas assez de sa vie pour assumer sa culpabilité !

On le retrouvera agent de Beria pendant la guerre d’Espagne tantôt du côté des vainqueurs, tantôt dans les camps de réfugiés en France. Il en reviendra dans son pays auréolé de la gloire d’un héros ;

C’est donc un roman historique, un roman noir et un thriller qui nous amène à réfléchir à l’idéalisme et son devenir dans les révolutions, à l’utopie et à l’héroïsme confronté à l’instinct de survie et au mal absolu.

Annick V. C.

Toutes les vagues de l’océan, Víctor del Árbol, Actes Sud, 2014, coll. Actes noirs. 600 p. (Grand prix de littérature policière 2015 « roman étranger »).

Crédit photo : Electre.

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