amie prodigieuse

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Une inconnue qui écrit sous pseudonyme, ne révèle pas son identité et se refuse à tout contact médiatique est pourtant à l'origine d'un succès imprévu.

Lorsqu'en 1990 les éditions Gallimard achètent les droits pour un premier roman en italien intitulé « L'amore molesto », le comité de lecture est partagé.

Hector Biancotti demande à un de ses amis Jean-Noël Schiffano, directeur de l'Institut français et grand spécialiste de Naples, ce qu'il en pense, celui-ci est emballé. L'amour harcelant est donc publié en 1995 dans la collection « Du monde entier », les ventes sont décevantes...

Gallimard récidive néanmoins et publie en 2006 Les jours de mon abandon et Poupée volée qui font tous deux un flop malgré un léger frémissement dans les ventes.

Si bien que quand l'éditeur italien d'Elena Ferrante présente à Gallimard le projet d'une trilogie qui va s'avérer une tétralogie, l'éditeur français hésite à prendre le risque.

Jean-Noël Schiffano reste impressionné par « l'authenticité, le rythme, la force de construction, l'obsession des thèmes, le retour des personnages, le grand art romanesque ».

Après une gestation de neuf mois le tome 1 L'amie prodigieuse sort en 2014 et tarde à trouver son public. Mais en 2016, la publication du tome 2 Le nouveau nom paré d'un bandeau qui se veut attractif « le livre que Daniel Pennac offre à tous ses amis ! » fait décoller les ventes d'autant que L'amie prodigieuse sort en Folio avec une belle couverture, une photo en noir et blanc de deux petites filles jouant dans une rue sale et pauvre...

La presse commence à parler du succès d'Elena Ferrante en Italie mais aussi aux Etats-Unis, phénomène assez rare pour un écrivain européen inconnu d'autant que l'auteur continue d'imposer ses règles, rester dans l'ombre, refuser toute promotion, pas de radio ni de télévision, quelques rares entretiens par courriel. Une façon de n'être jugée que sur la valeur de ses romans, « une position esthétiquement et intellectuellement irréprochable » comme l'écrit Daniel Pennac.

Depuis janvier 2016, Elena Ferrante ne quitte plus les sommets des meilleures ventes. Celle qui fuit et celle qui reste le tome 3 sort début janvier 2017 en même temps que le tome 2 en Folio et le bouche à oreille emballe les ventes et relance les livres précédents.

Le tome 4, L'enfant perdu est prévu pour octobre prochain... ça va être dur d'attendre !

Elena Ferrante est traduite en 42 langues, elle a vendu 5 millions de livres à travers le monde, Gallimard annonce 2.500 exemplaires vendus par semaine...

Raconter l'histoire de cette saga serait priver le lecteur du plaisir de la découverte car « le secret nourrit le sacré et laisse le champ libre à l'imaginaire » comme le rappelle Pietro Pisarra, journaliste et critique italien.

Voici néanmoins quelques éléments pour situer cette grande fiction.

Lila, fille d'un cordonnier et Elena, fille d'un portier de mairie sont toutes deux nées en 1944 dans le même quartier populaire et misérable de Naples.

Autour d'elles, évoluent une multitude de personnages issus de familles voisines, joyeux, violents, débrouillards, malhonnêtes parfois, chaleureux. Sans compter la présence de la corruption de la misère et celle de l'argent.

Les deux amies, brillantes, vont conjuguer leurs efforts pour échapper, chacune à sa manière, au destin de l'épouse soumise et résignée de la femme des années 50/60 jusqu'aux années 2000, dans l'Italie pauvre du sud.

Naples demeurant le fond du tableau au fil des volumes.

Elena Ferrante signe là un grand roman sur l'histoire récente de l'Italie d'une écriture nerveuse avec de nombreux rebondissements, du suspense, une diversité de l'intrigue et des personnages, une grande connaissance de l'âme et du corps de la femme et aussi des fusions et contradictions de l'amitié et de l'amour tout au long de la vie.

Bonne lecture à tous et à toutes !

 Alix.

 L'amie prodigieuse, 1 : Enfance, adolescence et L'amie prodigieuse, 2 : Le nouveau nom, Elena Ferrante, Gallimard, 2014 et 2015. 388 p. et 553 p.    

 Crédit photo : Electre.