anatolia

En prolongement de la dernière session de notre Club-lecture consacré à l’exil et à l’immigration en littérature, le roman de Kenan Görgün intitulé Anatolia rhapsody (éditions Vents d’Ailleurs, 2014), mérite nettement d’être signalé à votre attention. Je n’en avais pas fini la lecture lors de notre séance du 5 avril.

Né en 1977, de nationalité Belgo-Turque, Kenan Görgün a abandonné ses études à 17 ans pour se consacrer à l’écriture. Des cinq romans publiés entre 2005 et 2012, il passe ici à une œuvre-récit,  une sorte de quête du fondement de son identité entre deux cultures, celle de sa naissance en Belgique où son père a répondu à la proposition de divers pays d’Europe de venir comme « Travailleurs invités » dans les années 1960 et celle de la Turquie, celle de l’Anatolie.

L’immigration depuis la Turquie, plus précisément de cette région rurale de petits villages est présentée en détail, avec finesse et humanité, y compris dans la traversée clandestine de plusieurs frontières.

Kenan Görgün aborde toutes les questions liées au fait de l’immigration dans un texte à la qualité littéraire remarquable nourrie de sa passion pour la langue française : combats de l’immigration, rapport à l’autre et à la communauté (celle d’origine, celle d’intégration dans le quartier de vie quotidienne), la sexualité, le mariage dans leurs références culturelles doubles, la tradition et la modernité. Ce faisant, il rend hommage aux aînés et au passé, mais il nous entraîne aussi dans une exploration de ce présent métissé qui est le nôtre, avec émotion et humour.

Il prend la décision de retourner vivre à Istanbul pour y poursuivre sa recherche de réponses à sa quête identitaire. Par hasard, ceci a lieu peu de temps avant l’explosion du mouvement de contestation totalement inédit en Turquie moderne.

Kenan Görgün souligne que si le Monde est devenu un village, les villages eux ont disparu. Ce qui rejoint l’analyse de Taiye Selasi qui, dans un essai de 2005 What is an Afropolitain ? , développait ce concept nouveau pour définir- en s’appuyant sur son cas personnel- l’identité particulière  de « celui qui ne se sent ni vraiment britannique, ni américain, ni totalement africain, étant marqué par la culture urbaine et les métropoles occidentales ». Ce qu’elle a illustré finement dans son roman paru en 2013 Le ravissement des innocents. Voir la présentation dans le bulletin Lire sur les remparts ! du mois d’avril 2017.

Il n’y aurait pas immigration que de pays à pays, mais aussi et souvent en même temps du mode village rythmé par la nature au mode urbain qui impose sa culture envahissante, sachant que les villes attirent très majoritairement les populations au détriment des villages dans le monde entier dans des proportions sans cesse croissantes.

Michel M.

Anatolia rhapsody, Kenan Görgün, Vents d’ailleurs, 2014. 155 p.

Crédit photo Electre.