ordre

   Mercredi 25 octobre,  Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan

   Lundi 6 novembre,  Prix Goncourt 2017

La date du 20 février 1933 n’a sans doute laissé aucune trace dans nos mémoires ; par contre des 24 grands chefs d’entreprises allemandes qui furent convoqués ce jour-là par Herman Goering et le chancelier Hitler  et qui se montrèrent des plus coopérants pour aider le financement de la campagne du parti nazi, « vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer », il nous reste des noms : Carl von Siemens, Wilhem von Opel, Gustav Krupp…  « Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radios-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre… notre quotidien est le leur… » C’est que les entreprises ne meurent pas comme les hommes et que les camps de Buchenwald, de Ravensbrück, d’Auschwitz fournirent à ces respectables industriels toute la main d’œuvre pour faire tourner leurs usines à plein régime.

Comment se met en place une dictature ? Quels sont les facteurs qui la favorisent ? Alors, un récit historique ou un roman ? Mauvaise question ; il n’y a que le regard d’un brillant romancier pour nous faire percevoir avec une telle intensité  l’ignorance criminelle, la corruption, les ignobles compromissions de ceux qui parlent « vie des affaires » ou nécessités de la diplomatie… Bien faibles protestations contre la remilitarisation de la Rhénanie ou le bombardement de Guernica. Après sa rencontre avec Goering et Hitler en novembre 1937, on reste effaré de ce commentaire de Lord Halifax: « Le nationalisme et le racisme sont des forces puissantes, mais je ne les considère ni contre nature ni immorales. »

Un passionnant regard sur le passé qui induit obligatoirement une réflexion sur l’actualité.

Michèle M.

L’ordre du jour, Eric Vuillard, Actes Sud, 2017. 150 p.

Crédit photo : Electre.