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Mercredi 24 octobre, Prix du Club-lecture de la Bibliothèque municipale de Dinan

 

Parce que Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais, n'a pas pu achever son ami, son presque frère, blessé et souffrant sur le champ de bataille, il tue et achève un ennemi aux yeux bleus à chaque attaque commandée par le Capitaine Armand.

Il ramène à la tranchée le fusil et la main coupée qui le tient.

A la quatrième main ses camarades le trouvent bizarre, « toubabs et chocolats » le prennent pour un sorcier. Trop de zèle nuit... Une rumeur circule, Alfa est un mangeur d'âme, un « demm ».

Pour Alfa la culpabilité se transforme en violence, en furie, en folie !

Et quand il est envoyé à l'arrière par le Capitaine Armand, ça ne va pas s'arranger…

Il se souvient de Fary qui s'était donnée à lui la veille de leur départ pour la guerre, de sa douceur.

Il espère la même chose avec la fille du médecin qui le soigne, une nuit, il s'introduit dans sa chambre…

Une écriture douce, presque enfantine, une litanie comme un conte sur la fin, pour raconter un traumatisme jusqu'à la folie avec tendresse. L'homme sans cicatrice n'a pas d'histoire.

La lecture est prenante, parfois difficilement supportable. La construction superbe.

Tant de choses dites sous un petit volume sur cette guerre de 14-18.

Alix.

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Le récit bouleversant des pensées intimes d’Alfa Ndiaye, un psycho-récit comme le précise l’auteur.

C’est évidemment un hommage aux combattants africains, aux tirailleurs sénégalais, aux « chocolats » sacrifiés par milliers (30000 ont péri pendant la première guerre mondiale) mais c’est avant tout l’histoire de celui qui devint  « sauvage par réflexion » ce qui est bien différent de « faire le sauvage » sur demande d’un sous-officier français.

Ce sénégalais arraché à son milieu, plongé dans l’horreur sanglante des combats a acquis la liberté de penser : « J’ai décidé de penser par moi-même, de ne rien m’interdire en matière de pensée » mais à condition « quand on se pense libre de penser ce qu’on veut, de ne pas laisser passer en cachette la pensée déguisée des autres. » L’effroyable culpabilité qui pousse Alfa à la folie le mène à se poser une question cruciale : doit-on respecter aveuglément la loi, obéir à ce que des années d’éducation enseignent comme étant le devoir : « J’avais été inhumain par obéissance aux voix du devoir. Mais j’étais devenu libre de ne plus les écouter, de ne plus obéir à ces voix qui commandent de ne pas être humain quand il le faudrait.» Voilà un  exemple de morale revisitée qui incite le lecteur à élargir singulièrement son champ de réflexion.

Perçu par ses compatriotes comme un possédé de forces démoniaques, Alfa Ndiaye, exclu des combattants respectueux des lois de la guerre, s’enfonce progressivement dans une  folie où survit avec force le souvenir de son passé africain et où s’opère finalement une fusion totale avec l’âme de son « plus que frère »  Mademba Diop celui dont il n’avait pas voulu, par devoir, abréger les atroces souffrances.

Le rythme incantatoire, dû aux réitérations stylistiques est un soutien pour le lecteur profondément ému.

Michèle M.

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L’horreur de la guerre dans une langue incantatoire et hypnotique.

L’aberration de l’enrôlement des africains par rapport à leurs valeurs culturelles et familiales…   En était-il autrement de nos grands-pères ?

Un chef d’œuvre d’écriture et d’émotion.

Un très beau Prix du Club-lecture !

Nicole L.

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Frère d’âme, David Diop, Seuil, 2017. 174 p.

Crédit photo : Electre.